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Texte de l’édition · graphies et annotations conservées
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XXI-203 Saint-Chamond, Jean de, seigneur de Saint-Romain, à M. de Geissans, Privas, 08 décembre 1573.
Monsieur mon cousin, encores que vous sachiés assés les justes et
legitimes occasions qui mont contraynt maugré moy de prendre
les armes et que cela me doybve servir de suffisante excuse
envers toutes personnes de bon jugement et qui seront sans
passion, si ma il semblé bon vous fère ce petit mot pour
deffandre mon innocence envers ceulx qui me vouldront calomnier.
Vous savés questant eschappé de Paris, je me retirey à
Genève, là où je ne fus pas plustost arrivé que lon me vint
prier de prendre la charge de Languedoc pour estre leur
chef, ce que jay refuzé, ne desyrant pour lors que de vivre
en repos audit Genève, suyvant le conseill de mes amys ;
et à ses fins, jenvoyay querir ma femme en Daulphiné à
la quelle lon fit plusieurs traversses comme vous scavés
mieulx que moy mesme pour la poyne quil vous a pleu prendre
pour elle et pour moy estant en fin arrivée en ce païs
là, nous nous retirames en Suisse, suyvant le conseill de
noz bons amys du nombre des quelz vous estiés et estes encores ;
sil vous playst et ce pour eviter toutes soupssons et calomnies
quon me metoyt sus ordinayrement, nonobstant tout cela on
me pressoyt tousiours de plus en plus à venir par deça, ce que
entendant, monsieur lambassadeur de Suisse, il me resercha
par le moyen de monsieur de Beauvoys la Nocle de fère
une promesse ne prendre poynt les armes et que
moyennant cela, il me promestoyt aussi de la part du
roy que tous mes biens me seroyent rendus, ce que je fis liberalement
en presence de messieurs de Berne, masseuran
de ce quon me prometoyt et ayant attendu leffect de
ceste promesse jusques à present jay veu en fin que tous
ceulx qui firent semblable serement quant et moy ont
eu main levée fort ample de tous leurs biens et que je
suis seul entre tous les autres, oblié en ce bien faict qui
mest assés suffisant tesmoignage que messieurs du conseill du
roy mont estimé si inutile à fère service à sa magesté
que me vouloyent fère mourir de fain, ce qui met sy
inacostumé que jay esté contraint prendre party et me
retirer avec ceulx qui mayant esprové pour le passé,
mestiment suffisant leur fère service, ce que je ferey
fidelement avec layde de Dieu, ayant le cueur en trop
bon lieu pour estre peyne à pouvreté et quant cela ne
me donneroyt argument suffisant, jen auroys assés avec
beaucop dautres par le dernier edict de pacification fayt
à La Rochele, par le quel nest faicte mencion de rendre
leurs biens ni lexcercice de la religion aux abssans qui
se sont contenus sans prendre les armes, on scayt quon
[203 v°] veoyt assés que le temps du jourdui porte que ceulx de
notre religion qi pensseront fère les sages en tempori-
seurs en ses troubles, seront estimés des folz et en fin
massacrés silz se trovent en lieu au quel Dieu ny
aura proveu de gouverneurs saiges et gens de bien
comme lon na veu que trop desperiance, et encores que
toutes ses reysons la soyent assés suffisantes pour les
tortz que lon ma faict cela nest pas la seule cause
que ma faict prendre les armes, mays plustost la
rage et furie qui est bandée contre l’Eglise de Dieu
pour le service et soubtien de la quele je veulx employer
ma vie et ma personne comme aussi par linstante
prière que jay heu des Eglises du Languedoc de me
transporter vers eulx le plus diligemment que je
pourroys, tant pour ce quilz ne veulent rien [barré : conclu]
conclurre aux articles de la paix des quelz on est
en traytte que je ne fusse present que aussy pour
appayser une infinité de divizions questoyent entre
quelques ungs, ce quest bien reussy depuis mon
arrivée que, graces à Dieu, tout est bien uni et bien
paciffié, ensemble que me faict de tant meilleur
cueur entreprendre à me bien employer pour tout
ce de quoy ilz mont requis et pour lesperance que jay
que le tout reussyra en quelque bonne fin et yssue, je
vous suplie donc, monsieur mon cousin, de madiouster ce
bon office là et fère que mes reysons susdites ayent lieu
envers les personnes de bon cueur et entendement et
specialement aux votres et de voz frères de lamitié des
quelz je fayz tant destat que je nespargneray jamays
ma personne ni ma propre vie pour la me conserver
inviolable en toutes les queles choses Dieu massistera
sy luy playst, ce pendant je le prieray me tenir pour
très affectionnement recommandé à votre bonne grace et à
cele de monsieur de Saint Meury votre frère et que vous
doynt à tous deus, monsieur mon cousin tele santé et longue
vie que je la desyre pour moy. De Privas, ce VIIIe decembre
1573.
Votre humble et plus affectionné
cousin de Saynt Chaumont
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<div id="lettre" index="1138" class="add" name="admin" date="2020-03-27T17:49:00.067+01:00"><desc><tome>XXI</tome><folios><f>203</f><f> 204</f></folios><expediteur>Saint-Chamond, Jean de, seigneur de Saint-Romain</expediteur><destinataire>M. de Geissans</destinataire><date type="reponse" cat="reelle"/><date type="expedition" cat="reelle">1573-12-08</date><date type="expedition" cat="affiche">1573-12-08</date><date type="reception" cat="reelle"/><lieu type="expedition" gps="44° 73' 57'' N ; 4° 59' 69'' E">Privas</lieu><lieu type="reception" gps=""/><hyperlien/><bibliographie/><note>sur le repli : "copie de lettre de M. de St-Romain à M. de Geissans du VIIIe X[cem]bre 1573"</note></desc><p id="1" n="1 " type="texte"> -
</p><p id="1" n="2 " type="titre">XXI-203 Saint-Chamond, Jean de, seigneur de Saint-Romain, à M. de Geissans, Privas, 08 décembre 1573.
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