Projet GordesUne correspondance à la Renaissance

XVII · f° 50 ·

XVII-50 Maugiron, Annet de, sieur de Lessins, à M. de Gordes, (Lucques), N.D. Reçue à (Laval), S.D.

Maugiron, Annet de, sieur de Lessins → M. de Gordes

Transcription

Texte de l’édition · graphies et annotations conservées

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XVII-50 Maugiron, Annet de, sieur de Lessins, à M. de Gordes, (Lucques), N.D. Reçue à (Laval), S.D.

Monsieur, encores quil ne se soict pacé chose de merite deppuis mes dernières lettres, toutesfois pour

vous faire voir que je ne desire [barré : ne] laisser passer une seulle occasion à vous escripre. Je nay

voullu voir partir ce corrier sans lacompagner de ceste, lequel est depesché de mon seigneur

de Nevers pour aller devers leurs magestez ; et par ceste depesche, je vous dorray advis comme

mondit seigneur faict estat partir le vinct deulxziesme du present pour aller trouver ses

gallères afin que seur icelles il puisse reprandre le chemin de la France et

parce quil a plusieurs advis quil y a le long de la coste de Gênes et de Tusquane

sept galliottes, il cest resoullu de prendre son adresse pour là, seclarssir de la verité,

afin que si ses advis sont bons, il puisse audit Gênes se fortiffier pour la sceuretté de

son pasage ; sepandant, il a prie des fregates bien armées, lesquelles vont de conserve

jusques audit Gênes, où nous esperons trouver encores monsieur de Laval votre filz acompagné

de messieurs de Crylhon et d’Aubres, lesquelz des sont partis deppuis quatre jours pour

aller au rancontre du seigneur Andriette Doryé, lequel na sceu partir sy tost que

larmée d’Espagne pour la longueur des lansquenetz, lesquelz lon na sceu ny peu pour

plusieurs raisons faire embarquer plus tost, estant deliberez apprès avoir trouvé ledit sieur

Doryé de sen aller avecques luy jusques à Napples où il espère trouver toute ladite

armée de laquelle lon a nouvelles ne ce pouvoir trouver en terme de servir que ce ne

soict la fin de ce moys quy est le mesme tamps que lon tient que larmée turquesque

sera contraincte de ce retirer ; et apprès Don Johan d’Ostrye faict estat datacquer Tunis

à laquelle lon cuyde ny avoir neulle defance, dautant que cest une mauvaise ville et de

trop grant garde ; et par ce moien, elle ce porra prandre, chose que si il avient, le roy

d’Espagne veut quelle ce fortiffie, et pour cest efaict, la plus part de larmée ivernera là,

sepandant quelle se mestra en terme de defance et le reste de ladite armée ira passer

livert en Cesille. Voyla ce que en dye ou escripve ceulx quy cuydent en savoir quelques

chose. Et pour revenir à monsieur votre filz, il est party, deliberé danvoir ce quil en

sera, ayant bien depleu à monseigneur de Nevers de le voir en aller en sy petite trouppe, car

il nest rien si vray que seur toutes les gallères, il ny a neulz Françoys que quelques

souldartz, mais il a la voulunpté si belle et est sy curieulx daprandre de bonn[e]

heure qui vaut lesperance quil a voullu suyvre le dessein quil en avoict faict [déchiré]

bien vous supplierayge vous assurer que estant revenu de mon voyage seulemente ung

jour avant quilz voulussent partir, je fis ce quil me feut possible pour leur

oster lopinion de faire ce voyage, chose que javois faict ung coup, mais apprès ilz le remirent

sur pied de façon que, mayant assuré monsieur de Laval que vous le voulliez, je ne seulx

[v] que luy respondre, sinon que luy offrir tout ce quy estoict de mon moien et priant

Dieu quil luy donne autant de satisfation que je men desire, car seur ma foy

se sera si Dieu le conserve ung brave gentilhomme et que je massure fera [ce]

quy vous seront agreables et de bon naturel est-il. Or pour conclusion

et qan vous pourront tesmogner comme le tout est passé et de quelle façon

my suis conduict quy sera que je ne vous en feray poinct plus long discours,

seulement vous priiège croyre que le ne verray poinct me nestre doccasion pour

servir quelques ungz des votres que le ne my rande affectionné ainsy que je

le debvey sperer ; dung quy vous est

très humble et hobeyssant à vous

faire service

ane maugeron

Deppuis ma lettre escripte, il est venu icy nouvelles de Venise

comme le Turc a pris quatre gallères et quatre nefz

chargées de souldartz et de munitions quy prenoict la route

de Quandye, de façon quilz sont maitres de la mair. Les

Venitiens se pleignent de la longueur de Don Johan d’Estrye

et luy ce desol[e] de leur inrresoullution. Vous porrez juger

que ses choses là vallent.

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