Projet GordesUne correspondance à la Renaissance

XVII · f° 187 188 · 1572-06-22

XVII-187 Cassagnet, Bernard de, seigneur de Tailladet à M. de Gordes, Paris, 22 juin 1572

Cassagnet, Bernard de, seigneur de Tailladet → M. de Gordes

Transcription

Texte de l’édition · graphies et annotations conservées

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XVII-187 Cassagnet, Bernard de, seigneur de Tailladet à M. de Gordes, Paris, 22 juin 1572

Monsieur, d’autant que ie n’ay rien de si particulier en ce monde que votre service ni de

tant recommandé que le non de Gordes, ie reçoy avec voz nouvelles ung tel heur et contantement

qu’il est aisé à iuger que l’aumosne que vous me faictes de m’en départir est très bien employée.

Quant à moy, monsieur, si ie m’avance iusques là de vous faire part de celles que i’entends

en ceste court, sans considérer que vous en avés comme la teste rompue d’ailleurs,

c’est soubz la condition de serviteur que ie vous suis en laquelle ie me veux continuellemant

exercer, bien marri que ce ne peult estre pour asteure aussi bien par effect comme par

letres et par bonne volonté ; et en attandant que Dieu me face la grâce d’en venir

là, je vous diray des nouvelles. Premièremant de monsieur de Garguas et de messieurs

ses compaignons, qui se portent bien à soulhaict, Dieu mercy. Sans ung malheureux

mal de dentz qui m’a faict garder le lict troys iours entiers, je leur eusse faict

compagnie au Landy avec ung coche que Monsieur de Montmorin me prestoit.

Je croy qu’ilz auront faict le voyage sans moy. Au reste, quant à la court, c’est la

mesme incertitude qu’on y a veu de tout tamps : auiourdhuy, paix universelle,

demain, guerre généralle. Si scay-ie de bonne part que les magestés très chrestienne

et catholicque tendent toz deux à la paix, si d’adventure elles n’ont de ministres

qui désirent plus à l’ung qu’à l’autre, soit que ce soit ceulx qui s’attaqueront à nous

n’auront pas faulte de partye si la guerre est. Le roy et Monsieur veulent gratiffier

monsieur d’Hourche d’une bien fort honorable charge, tant pour ce qu’il ha cet

honeur de vous apartenir de si près, comme de la bonne opinion qu’ilz en ont, mais

cela est bien certain car ie le tiens de persones de bon lieu qui en ung besoing ne

le congnoissent que bien peu et à ce que i’entens, ce sera en place où vous aurés bien moyen

de faire pour luy. Je ne voudroy pas iurer que les mil homes que scavés ne fuscent

au premier iour contremandés. La reyne, mère du roy, fust hier entretenue le

long de son disné par monsieur d’Hourche sur ung subiect qui vous touche

et pour n’estre estimé flatteur, ie ne diray point la responce que j’entrouys de mes

oreilhes, tant y a que ce qu’on fera contre en ung an, il sera deffaict en ung jour,

et fault que voz ennemis confessent qu’ilz ne scauroyent mieux perdre le tamps

que de vous en cuyder prester, et trouveront touiours, à mon advis, les volontés

de leurs magestés fort peu disposées à leurs factions et menées.

Mais je laisseray ce propos pour vous dire que le sieur admiral d’Angleterre

[v°] avec toute sa trouppe, a esté merveilleusemant bien receu, et n’estoit pas fils de

bonne maison celuy des princes et segneurs de ceste court que ne leur ha faict

festin. Toutesfoys, il me samble que monsieur de Guise ne s’en est point mêlé.

Ilz ont eu de fort beau présans du roy. Ilz sont partis ce jourd’huy au matin,

ce n’a point esté sans que la reyne, mère du roy, n’aye envoyé monsieur de Froze

s’il verroit parmi eux quelque belle guilledinne ; toutesfois il y en ha peu et

ce qui y est extrêmemant cher : trois cens escus, deux cent escus les moindres,

et toutes assez foibles et maigres. Je vous diray bien que noz Anglois ont

esté honorablemant traictés par deça que monsieur le maréchal de Montmorancy

ne l’a pas esté moings par delà et seroit long à vous racconter les magnifisenses

et libéralités de quoy la royne d’Angleterre ha uzé. Au reste, pas ung mot

du mariage de Monsieur le duc et de la niepce et rien que de la Ligue

jurée au grand mescontantemant de certains Escossois entre lesquelz

ung segneur du païs qui ne veult pas estre congnue, m’en dict amplemant ce

qu’il en pençoyt. Cela seroit long à vous écrire. Il me dict que la royne d’Escosse

se portoit fort bien et qu’on l’a changée du lieu là où elle estoit, pour estre

mieux et moing prisonière, que la royne d’Angleterre luy promet des montagnes

d’or. Je laisseray l’Escosse pour vous dire que la royne, mère du roy, ha esté

bien fort mallade et despuis deux iours qu’elle est relevée, elle re-

commance des plus belles à faire les cornées qui estoyent occasion de

sa malladye, de laquelle il samble qu’elle ne se ressouvienne plus. Je prie

à Dieu que ce soit avecque raison et avec la santé qui occupe la place

par longues années. Ilz ne font qu’aller et venir de Madri à St-Mor, au Tuilleries,

à Paris où ilz ont ce iourdhuy disné, souppé aux Tuylleries, couché à Madri. Le

conseil a esté tenu tout ce matin. messieurs les présidans et echevins de la ville

appelés, ce pourroit bien estre pour les finances ; toutesfois, ie ne scay si ce seroit

aussi sur des nouvelles qu’on dict qui sont venues auiourdhuy de Flandres, que le

duc d’Albe est extrêmemant fort. On parle de dix et huict mille chevaux, et

force infanterie, mais cela n’est pas bien seur. Il y en ha qui disent qu’il y va

ung grand nombre de Francès contre, de façon que comme on parle de l’ung,

on n’oblye pas l’autre. Le tout, à mon opinion, plus accompagné de mensonge que de vérité.

[f° 188] On parle que le roy après la Saint-Jehan yra à Lions en Normandye pour chasser

et veoir le beau bastimant et que les roynes et Monsieur demeureront en ces quartiers.

Nous verrons ce qui en sera. Je croy, monsieur, que vous aurés entendu la querelle

de monsieur de Méru et du cappitaine Gua, fondée, à ce que i’entends, sur de l’argent

de la paume, dont le conte de Maulevrier estoit répondant pour monsieur de Méru.

La partie, à ce qu’on dict, faicte à poste, comme le cappitaine Gua demandeyt

instamant l’argent au répondant et le répondant à l’autre monsieur de Méru

en fin, ie croy qu’il refuza de payer et non pas sans raison et des responces

si aigres (en termes que ie ne metray point icy) que monsieur [barré : ayant] de Méru

et autres ayant mis la main au poignard, ont dict que le cappitaine Gua puis après

ne peult moings faire que de metre l’espée au point. Je croy que tout est d’accord

mais cela ha apresté à parler à beaucoup de gens qui en disent leur ratelée

diversemant. Je ne vous veux pas celer aussi (monsieur) une chose estrange qui est

arrivée ces iours passés en ceste ville de quelques petis enfans de quatre

ans qu’on ha trouvés mort par cy par là, estans fendus le long du ventre

et les entrailles ostées. Je le dis après des gens de la court de parlemant

qui m’ont asseuré l’avoir veu, au grand scandalle de tout le peuple. On

en accuse quelques Italiens et de faict il y en ha des prisoniers au Chastellet.

On fit crier l’autre iour par la ville que qui auroyt perdu des petis enfans

qui s’en vint là. Je ne vous la feray plus longue si ce n’est pour vous dire que

Madame scayt très bien choisir son parti d’estre asteure à Laval pour éviter

l’extrême challeur de la quelle ie m’asseure que vous avés encore moings de faute

là que nous icy. Messieurs de Laval et de Veynes se font fort longuemant

attandre icy, mais encore sera-ce assés tost si c’est en bonne santé qu’ilz viennent.

Quant à monsieur votre lieutenant, il aymeroit mieux mourir que de faillir

à vous tenir bonne compagnie. J’ay opinion qu’il y boit fred, de quoy ie luy porte

envye. Monsieur, il fault, s’il vous plaict, que vous me fassiés raison de madamoiselle

de Saint-Pris, qui tient ses grands iours en sa maison ; de cent lettres que ie luy ay écrit,

je n’ay pas eu ung mot de reponce. Monsieur, je vous suis très humble serviteur

et prie à Dieu qu’il luy plaise vous tenir en sa saincte garde. A Paris, ce XXIIe

de juing 1572.

Vostre très obéissant et fidelle

Serviteur

Tailladet

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La reyne, mère du roy, fust hier entretenue le &#xD;</p><p id="1" n="27  " type="texte">long de son disné par monsieur d’Hourche sur ung subiect qui vous touche &#xD;</p><p id="1" n="28  " type="texte">et pour n’estre estimé flatteur, ie ne diray point la responce que j’entrouys de mes &#xD;</p><p id="1" n="29  " type="texte">oreilhes, tant y a que ce qu’on fera contre en ung an, il sera deffaict en ung jour, &#xD;</p><p id="1" n="30  " type="texte">et fault que voz ennemis confessent qu’ilz ne scauroyent mieux perdre le tamps &#xD;</p><p id="1" n="31  " type="texte">que de vous en cuyder prester, et trouveront touiours, à mon advis, les volontés  &#xD;</p><p id="1" n="32  " type="texte">de leurs magestés fort peu disposées à leurs factions et menées. &#xD;</p><p id="1" n="33  " type="texte">Mais je laisseray ce propos pour vous dire que le sieur admiral d’Angleterre &#xD;</p><p id="1" n="34  " type="texte">[v°] avec toute sa trouppe, a esté merveilleusemant bien receu, et n’estoit pas fils de &#xD;</p><p id="1" n="35  " type="texte">bonne maison celuy des princes et segneurs de ceste court que ne leur ha faict &#xD;</p><p id="1" n="36  " type="texte">festin. 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Le tout, à mon opinion, plus accompagné de mensonge que de vérité. &#xD;</p><p id="1" n="65  " type="texte">[f° 188]  On parle que le roy après la Saint-Jehan yra à Lions en Normandye pour chasser&#xD;</p><p id="1" n="66  " type="texte">et veoir le beau bastimant et que les roynes et Monsieur demeureront en ces quartiers.&#xD;</p><p id="1" n="67  " type="texte">Nous verrons ce qui en sera. Je croy, monsieur, que vous aurés entendu la querelle&#xD;</p><p id="1" n="68  " type="texte">de monsieur de Méru et du cappitaine Gua, fondée, à ce que i’entends, sur de l’argent&#xD;</p><p id="1" n="69  " type="texte">de la paume, dont le conte de Maulevrier estoit répondant pour monsieur de Méru.&#xD;</p><p id="1" n="70  " type="texte">La partie, à ce qu’on dict, faicte à poste, comme le cappitaine Gua demandeyt&#xD;</p><p id="1" n="71  " type="texte">instamant l’argent au répondant et le répondant à l’autre monsieur de Méru&#xD;</p><p id="1" n="72  " type="texte">en fin, ie croy qu’il refuza de payer et non pas sans raison et des responces&#xD;</p><p id="1" n="73  " type="texte">si aigres (en termes que ie ne metray point icy) que monsieur [barré : ayant] de Méru&#xD;</p><p id="1" n="74  " type="texte">et autres ayant mis la main au poignard, ont dict que le cappitaine Gua puis après &#xD;</p><p id="1" n="75  " type="texte">ne peult moings faire que de metre l’espée au point. Je croy que tout est d’accord&#xD;</p><p id="1" n="76  " type="texte">mais cela ha apresté à parler à beaucoup de gens qui en disent leur ratelée&#xD;</p><p id="1" n="77  " type="texte">diversemant. Je ne vous veux pas celer aussi (monsieur) une chose estrange qui est&#xD;</p><p id="1" n="78  " type="texte">arrivée ces iours passés en ceste ville de quelques petis enfans de quatre&#xD;</p><p id="1" n="79  " type="texte">ans qu’on ha trouvés mort par cy par là, estans fendus le long du ventre&#xD;</p><p id="1" n="80  " type="texte">et les entrailles ostées. Je le dis après des gens de la court de parlemant&#xD;</p><p id="1" n="81  " type="texte">qui m’ont asseuré l’avoir veu, au grand scandalle de tout le peuple. On&#xD;</p><p id="1" n="82  " type="texte">en accuse quelques Italiens et de faict il y en ha des prisoniers au Chastellet.&#xD;</p><p id="1" n="83  " type="texte">On fit crier l’autre iour par la ville que qui auroyt perdu des petis enfans&#xD;</p><p id="1" n="84  " type="texte">qui s’en vint là. Je ne vous la feray plus longue si ce n’est pour vous dire que&#xD;</p><p id="1" n="85  " type="texte">Madame scayt très bien choisir son parti d’estre asteure à Laval pour éviter&#xD;</p><p id="1" n="86  " type="texte">l’extrême challeur de la quelle ie m’asseure que vous avés encore moings de faute&#xD;</p><p id="1" n="87  " type="texte">là que nous icy. Messieurs de Laval et de Veynes se font fort longuemant&#xD;</p><p id="1" n="88  " type="texte">attandre icy, mais encore sera-ce assés tost si c’est en bonne santé qu’ilz viennent.&#xD;</p><p id="1" n="89  " type="texte">Quant à monsieur votre lieutenant, il aymeroit mieux mourir que de faillir&#xD;</p><p id="1" n="90  " type="texte">à vous tenir bonne compagnie. J’ay opinion qu’il y boit fred, de quoy ie luy porte&#xD;</p><p id="1" n="91  " type="texte">envye. Monsieur, il fault, s’il vous plaict, que vous me fassiés raison de madamoiselle&#xD;</p><p id="1" n="92  " type="texte">de Saint-Pris, qui tient ses grands iours en sa maison ; de cent lettres que ie luy ay écrit,&#xD;</p><p id="1" n="93  " type="texte">je n’ay pas eu ung mot de reponce. Monsieur, je vous suis très humble serviteur&#xD;</p><p id="1" n="94  " type="texte">et prie à Dieu qu’il luy plaise vous tenir en sa saincte garde. A Paris, ce XXIIe&#xD;</p><p id="1" n="95  " type="texte">de juing 1572.         &#xD;</p><p id="1" n="96  " type="texte">Vostre très obéissant et fidelle &#xD;</p><p id="1" n="97  " type="texte">Serviteur&#xD;</p><p id="1" n="98  " type="texte">Tailladet&#xD;</p><p id="1" n="99  " type="texte"> &#xD;</p><p id="1" n="100  " type="texte"> &#xD;</p><p id="1" n="101  " type="texte"/></div>

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