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Texte de l’édition · graphies et annotations conservées
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XVIII-60 Rival, Guillume, seigneur de Blagneux à M. de Gordes, Bordeaux, 22 juillet 1572
Monseigneur, encores que je soye trop asseuré que pouvez avoir des nouvelles plus
certaynes de la court et d’alieurs de l’effect de nostre voyage que nule que je vous scaurois
escripre, joint que le cappitaine Champe sans estant allé de par-delà, vous pourra dire toutes
les particularités qu’il ha aprinses icy, si esse que pour reconoyssance de l’humble
servitude et perpétuelle obéyssance que je vous ay vouée, je ne veus faillir (si je
n’ay cest heur de mieulx fère) de vous donner advis de ce qu’avons faict icy qui
n’a esté autre chose, despuys cinq sebmeynes que nous y sommes, que nous paistre
d’espérance que le commandement de mettre les voilles au vent arriveroit de jour
à aultre, mais elle nous ha souvent esté rabatue par le bruict commung, mesmes
des plus grands, que le voyage estoit rompu, et sans la venue de monsieur de
Clermont, nous l’eussions presque tenu pour asseuré, mais despuys dix ou douze
jours qu’il est icy, il nous en ha demy atté l’opignion, mais non toute, car
encores que pour en fère paroistre quelque chose, il aye faict remorquer
avec les galères de monsieur de La Garde jusques à Lermont, une lieue d’icy,
quatre navires que luy, monsieur de Lanssac et Rocquetaillade avoyent en
ce port, si esse que n’y ayant que le corps des vaysseaulx sans artillerie,
monitions, panaticque ny aultres vivres, nous ne scavons qu’en pencer,
bien est-il vray que despuys deulx ou trois jours, on ha chargé six cens
quintaux de biscuict sur celuy de monsieur de Clermont. Monsieur de Lanssac,
qui est en part avec ledit sieur, est en sa mayson, lequel, quoy qu’on luy
escripve de venir, n’arrive point néaulmoing. Monsieur d’Estrozze est en
Brouage, qui haste l’armement de ses vaysseaulx le plus qu’il peult à ce
qu’il escript. Cependant monsieur de La Garde, qui est à trois ou quatre
lieues d’icy dans ses galères, faict contenance d’homme qui ne se soucieroit
guères quant il ne se feroit point, mesmes que quelques ungs disent qu’il
ha envoyé à la court pour le fère rompre. D’alieurs, il ne vict personne
qui porte commandement de nous fère partir, ny moings Le Ga et quelques
aultres qui ont des vayseaulx en cette flotte, estans à la court, font
conte d’en partir et sependant la saison de naviguer en cette mer se
passe de fasson que nous n’en avons plus que deux mois. Ces choses font
tellement resuer les plus habiles qu’ilz ne scavent là où ilz en sont et
ne peulvent en discourir aultrement, sinon que ou les entreprinzes ont
[v°] failly, ou que nous voulons garder par cette contenance de trop entreprendre
à nos voysins, ou bien que c’est une bouttade françoyse plus tost finie
que commencée. Si scay-je toutesfoys de bien bon lieu qu’il avoit esté
entrepris de donner en l’ung de ses trois endroitz de la coste d’Espaigne, à
Lisbonne, Calix ou bien à Portogalo qui est ung havre en Portugal, et
en default de cela, au Castel de Mine qui est en la Guinée, ou bien aller
aulx Essores attendre l’armée d’Espaigne qui revient du Péru, et ayant
faict quelcung de ces effaictz, pourter le sieur de Causeins avec douze cens
arquebusier en Alger, que le Grand Seigneur remet entre les mains du roy.
Si cella est vray monseigneur, je ne scay, mais l’on m’en ha bien fort asseuré.
Se pendant l’on tient icy la guerre desclerée contre le roy d’Espaigne,
mesmes monsieur de Gernac l’a escript à monsieur de Montferrand, gouverneur
de cette ville et pour cest effaict monsieur de Guyse faict dresser
quinze compaignies de chevaulx légers à ce que l’on dict. Comme qu’il en
soict, monseigneur, si le voyage est rompu, je m’asseure qu’une infinité de noblesse qui est icy ne sera une aultres fois si prompte à partir au premier bruict qui viendra. Quant
aulx soldatz, il y en ha tant icy ou aulx environs que je ne cuyde pas, s’il
fault partir, qu’il s’en puysse embarquer la moytié, encores que monsieur
d’Estrozze face conte que si le voyaige n’est guères long, de mettre cinq
mil hommes de guerre sur ses vaysseaulx, mais s’il [n’]est court, il n’en peult
charger que trois mil cinq cens. Quelques-ungs ont voulu dire que pour
certain le voyage estoit rompu et que le roy debvoit envoyer commander
en ceste ville d’arrester les vaysseaulx qui sont dans ce port et ne les
laysser sortir, dont en ayant senty le vent, ceulx à qui ilz sont les en ont
faict vuider le plus tost qu’ilz ont peu, se résolvantz quoy qu’il en feult
d’aller courir fortune en quelque lieu, puysqu’ilz ont embarqué tant de gens
avec eulx ; et pour cette occasion en est désja sorti neuf. Mais je ne
croy pas que personnes qui ont de si belles et grandes charges en France
commes messieurs de La Garde et d’Estrozze vouleussent entreprendre chose
contre la volonté du roy. Ce matin monsieur de Clermont m’a asseuré
que monsieur d’Estrozze n’attendoit plus qu’après luy, mais que si monsieur de
Lanssac estoit venu, ilz seroient pretz dans trois jours et que le roy
entend qu’il se face. Voyla les contrariettez, monseigneur, en quoy nous
[fol.61] sommes icy, mais m’asseurant qu’en avez des nouvelles plus asseurées,
je ne vous importuneray d’avantaige par celle-cy, vous ayant baysé
très humblement les mains, je suplieray le Créateur,
Monseigneur qu’il vous doint en parfaicte santé très longue et
heureuse vie. De Bordeaulx, ce XXII. jullet 1572.
Votre plus humble et obeyssant
serviteur.
Blanieu
Monseigneur, despuys cette cy escripte, le sieur de Montmorin, qui est à la reyne,
est arrivé aulx galères de monsieur de La Garde, qui a porté, à ce que l’on dict, résolution si le
voyage se fera ou non et s’il se faict, quel jour on partira. Et pour cest
effaict, on attend les sieurs de La Garde et d’Estrozze aujourd’huy, qui est le
23. en cette ville pour, avec monsieur de Clermont, Ponpadour et les aultres
qui sont icy, résouldre entièrement de ce qu’on ha affère. Si le pourteur
eust eu le loysir d’ung jour ou deulx encores, je vous en eusse faict
entendre ce que l’on eust arresté, mais se sera par la première commodité.
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</p><p id="1" n="25 " type="texte">qu’il escript. Cependant monsieur de La Garde, qui est à trois ou quatre 
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</p><p id="1" n="44 " type="texte">Si cella est vray monseigneur, je ne scay, mais l’on m’en ha bien fort asseuré.
</p><p id="1" n="45 " type="texte">Se pendant l’on tient icy la guerre desclerée contre le roy d’Espaigne, 
</p><p id="1" n="46 " type="texte">mesmes monsieur de Gernac l’a escript à monsieur de Montferrand, gouverneur 
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</p><p id="1" n="49 " type="texte">soict, monseigneur, si le voyage est rompu, je m’asseure qu’une infinité de noblesse qui est icy ne sera une aultres fois si prompte à partir au premier bruict qui viendra. Quant 
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</p><p id="1" n="63 " type="texte">contre la volonté du roy. Ce matin monsieur de Clermont m’a asseuré 
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</p><p id="1" n="67 " type="texte">[fol.61] sommes icy, mais m’asseurant qu’en avez des nouvelles plus asseurées, 
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</p><p id="1" n="70 " type="texte">Monseigneur qu’il vous doint en parfaicte santé très longue et 
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</p><p id="1" n="74 " type="texte">Blanieu
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</p><p id="1" n="81 " type="texte">eust eu le loysir d’ung jour ou deulx encores, je vous en eusse faict 
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