Projet GordesUne correspondance à la Renaissance

XXIII · f° 10-12 · 1574-03-08

XXIII-10-12 Bellièvre, Jean de, seigneur d'Hautefort, à M. de Gordes, Soleure, 8 mars 1574. Reçue à Valence le 13 mars 1574

Bellièvre, Jean de, seigneur d’Hautefort, troisième président au parlement du Dauphiné → M. de Gordes

Transcription

Texte de l’édition · graphies et annotations conservées

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XXIII-10-12 Bellièvre, Jean de, seigneur d'Hautefort, à M. de Gordes, Soleure, 8 mars 1574. Reçue à Valence le 13 mars 1574

Monseigneur, je vous feis un depesche par la

poste soudain que je fus de retour de la journée

de Bade, et vous respondoys au pacquet que je

receu sur le poinct que je y alloye, contenant les

lettres que vous escriviés aux sieurs des cinq cantons

et au colonel Craff. Jattendoys que vous en

escrivissiés de mesmes aux sieurs de Fribourg

et au colonel Heyd [barré : ct]. Depuis jay reseu

votre lettre du XVIIIe janvier. Je ne lairay

dattendre ce que vous plairra me rescrire de votre

bon plaisir sur ladvis du colonel Pfiffer

et me semble avec supportation que vous ne devés

mespriser ce moyen affin de chaulser les

esperons sil est possible à ceste outrecuydance.

Jay grand peine que ce pendant que lon sendoit à

y faire une pacification, que les huguenotz nous dressent

une partie pour nous prendre à l’impourveu, car

je vous puys asseurer quils se vantent et se font

fortz de beaucoup de choses tant dedans que dehors

le royaulme et plus que je men puys croire ;

mais il n’y en scauroyt avoir si peu que en lestat

que sont nos affères et la necessité de

dernière pauvreté du monde [barré : et], langueur et

lentitude de chacun, que ce ne fust encor trop pour

nous faire beaucoup de maulx. Quant à larrest de

Tholose, ses seigneurs nihil fecerum preter solitum

[10B]

et si nay pas opinion quilz en veuillent rien

rabatre moins retraicter de ce quilz ont faict,

il y en a qui oppugnent le roy ouvertement avec

rebellion manifeste, daultres qui se feignent à

son service ou y vont bien lachement voire sont

doubles. Des premiers lon se peut garder, les

aultres sont pieça descouvertz et ne s’y fiest-on

plus. Mais il y en a daultres qui nimio

studio et par un zèle inconsyderé renversent

tout et se trouveront avoir aultant fait de prejudice

aux affaires de sa majesté, dont il nest besoing

sexpliquer davantage car vous le scavés assés.

Il pourroyt bien estre que monsieur de Maugeron

gaigneroyt quelque chose sur monsieur de Saint

Romain, mesmes que jen scay un moyen. Mais

vous scavés quil y a des gens lesquels [barré : quelques

pouvoir de nuire] sont comme les diables

qui [i ?] peuvent bien nuire mais ne scauroyent

ayder. Croyés moi monsieur que je cognois

l’humeur de certains qui sont de la partie, lesquelz

quelque tiltre quilz ayent attribué audit sieur de Saint Romain

ne luy permettroient de fère sur ce que bon leur semblera

que pleu à Dieu quil fist autrement. En

somme ils en ont faict un duc de Venize.

Quant à ce que vous mescrivés d’Avignon je cuyde

comprendre le personage [barré : pour] en quel vous entendés.

[11A]

Je vous asseure en avoir advis d’Italie aussi

bien que de Lyon quid si le pape envoye de la

despense qu’il y a convenu et [en viendra] encor

faire à ladvenir, voloyst prendre quelque aultre

recompense plus près de luy, et [barré : don] y mectrant

l’Espagnol, doner ce mords aux huguenotz et à

nous avecq

^et peult

estre encor

quoy obtenir

une piece

pour quelqu’ung

de ses parties[ ?]

proches[ ?]

Je confesse qu’il n’y a pas apparence

mais nous sommes en un temps que, que lon veoyt

advenir tant de choses contre lopinion et creance

de tout le monde, quil ne se fault plus

trop asseurer de rien. Pour le moins ne

fault il point doubter de la mauvaise [barré : que]

opinion et satisfaction que l’Espagnol a de nous

et je vous pourroys deduire plusieur particularités

plus que vraysemblables. Sil[ ?] nen est vray

que je ne veoys pas quil [barré et] aye grand moyen

pour le present de lexploicter. Mais il ne faudroyt

que la mort d’un tiran que luy dona relasche

de ce cousté là. Vous scavés [barré : les] la puissance

quil se trouve aujourdhuy sur Montz le mauvais

estat de celle frontiere et comme nous sommes mal prestz [ou « preparés »]

je suys en attente des premières nouvelles que

vous aurés de monsieur d’Evènes après l’abouchement

dont vous mescrivés.

Quant à messieurs voz frères, ilz ne scauroyent

faire que je ne leur soye serviteur et pour l’honeur de

vous et pour ce que je les repute dignes d’estre aymés et

[11B]

honorés et ne me trouveront jamais moins prest et

affectioné à leur faire service. Bien suys je deplaisant

de laccident dont m’escrivés. Certainement vous les

conseillies très prudemment. Il nest jamais bien

d’estre à la misericorde dune populasse

et ne leur est pas possible clorre leur porte

à ceux de la religion qui les vont visiter dont se

peuvent engendrer en ce temps mille soubsons

et ensuyvre mille indignités. Au surplus

vous avés faict chose digne de votre bonté et

generosité accoustumées dont je veux esperer

que vous ne vous repentirés point. Il fault que ces

messieurs [barré s’en] taillent bien large sur votre drap

puyce quils vous font reduire la perte à si peu,

me souvenant de ce que jen [ajouté : ay] aultresfoys ouy

dire mais il ne durera pas si Dieu

plaict. Dieu doint bonne vie à qui la

tient affin qu’il ne vous faille pas si souvent

retourner à Rome pour achepter si chaire le plomb.

A ce que je veoy celuy pour qui [barré : pour] vous vous affectionnés

si fort na laissé de ne vous espargner. Hic ille

morbus est. A cela peut on / [ajouté : / penser] que sil na esté de

la partie elle peut bien neantmoins avoir esté

dressée de son sein. Il est tenu bien sage. Si est

ce que vous ne veistes jamais homme de sa qualité

et reputation qui pour moins dapparence de ce quil aime et

desyre se declarast plus tost asseurés vous, Monseigneur,

qu’il doit avoir prinse quelque opinion de ce que l’homme

qui vous a escrit du Pont Saint Esprit monstre desperen.

[12A]

Mais vous estes si sage que vous ne , [ajouté : , vous en] donerés ne peine

ne soucy ; de ma part, ce dont je me plaignoys

mest dejà passé.

Monseigneur je suys entierement de votredit advis

touchant les moyens de venir à la pacification

et vous promectz quil y a déià quelques jours que jen ay

escrit de mesmes à la court. Je die avec quelque

discours que je vous pourroys ar[an]guer un jour.

Je suys bien ayse du bon portement de monsieur de

Laval. Le gentilhomme est peu de jours à son des[ ?].

On tient que Mildebourg a esté envitallé

Jusques à Pasques, non obstant la route de

l’armée du grand commandeur et ce par lettre

du XIIIe fevrier dernier.

Monseigneur, je me recommande t[rès] humb[lemen]t la m[ienn]e

à votre bone grace et supplie le Createur

quil vous done en parfaicte santé

très longue et heureuse vie. De

Soleure, le VIIIe jour de mars 1574

Votre très humble et très affectionné

serviteur

Bellievre

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Bien suys je deplaisant&#xD;</p><p id="1" n="95  " type="texte">de laccident dont m’escrivés. Certainement vous les&#xD;</p><p id="1" n="96  " type="texte">conseillies très prudemment. Il nest jamais bien&#xD;</p><p id="1" n="97  " type="texte">d’estre à la misericorde dune populasse&#xD;</p><p id="1" n="98  " type="texte">et ne leur est pas possible clorre leur porte&#xD;</p><p id="1" n="99  " type="texte">à ceux de la religion qui les vont visiter dont se&#xD;</p><p id="1" n="100  " type="texte">peuvent engendrer en ce temps mille soubsons&#xD;</p><p id="1" n="101  " type="texte">et ensuyvre mille indignités. Au surplus&#xD;</p><p id="1" n="102  " type="texte">vous avés faict chose digne de votre bonté et&#xD;</p><p id="1" n="103  " type="texte">generosité accoustumées dont je veux esperer&#xD;</p><p id="1" n="104  " type="texte">que vous ne vous repentirés point. Il fault que ces&#xD;</p><p id="1" n="105  " type="texte">messieurs [barré s’en] taillent bien large sur votre drap&#xD;</p><p id="1" n="106  " type="texte">puyce quils vous font reduire la perte à si peu,&#xD;</p><p id="1" n="107  " type="texte">me souvenant de ce que jen [ajouté : ay] aultresfoys ouy&#xD;</p><p id="1" n="108  " type="texte">dire mais il ne durera pas si Dieu&#xD;</p><p id="1" n="109  " type="texte">plaict. Dieu doint bonne vie à qui la&#xD;</p><p id="1" n="110  " type="texte">tient affin qu’il ne vous faille pas si souvent&#xD;</p><p id="1" n="111  " type="texte">retourner à Rome pour achepter si chaire le plomb.&#xD;</p><p id="1" n="112  " type="texte">A ce que je veoy celuy pour qui [barré : pour] vous vous affectionnés&#xD;</p><p id="1" n="113  " type="texte">si fort na laissé de ne vous espargner. Hic ille&#xD;</p><p id="1" n="114  " type="texte">morbus est.  A cela peut on / [ajouté : / penser] que sil na esté de&#xD;</p><p id="1" n="115  " type="texte">la partie elle peut bien neantmoins avoir esté&#xD;</p><p id="1" n="116  " type="texte">dressée de son sein. Il est tenu bien sage. Si est&#xD;</p><p id="1" n="117  " type="texte">ce que vous ne veistes jamais homme de sa qualité&#xD;</p><p id="1" n="118  " type="texte">et reputation qui pour moins dapparence de ce quil aime et&#xD;</p><p id="1" n="119  " type="texte">desyre se declarast plus tost asseurés vous, Monseigneur,&#xD;</p><p id="1" n="120  " type="texte">qu’il doit avoir prinse quelque opinion de ce que l’homme&#xD;</p><p id="1" n="121  " type="texte">qui vous a escrit du Pont Saint Esprit monstre desperen.&#xD;</p><p id="1" n="122  " type="texte">[12A]&#xD;</p><p id="1" n="123  " type="texte">Mais vous estes si sage que vous ne , [ajouté : , vous en] donerés ne peine&#xD;</p><p id="1" n="124  " type="texte">ne soucy ;  de ma part, ce dont je me plaignoys&#xD;</p><p id="1" n="125  " type="texte">mest dejà passé.&#xD;</p><p id="1" n="126  " type="texte">Monseigneur je suys entierement de votredit advis&#xD;</p><p id="1" n="127  " type="texte">touchant les moyens de venir à la pacification&#xD;</p><p id="1" n="128  " type="texte">et vous promectz quil y a déià quelques jours que jen ay&#xD;</p><p id="1" n="129  " type="texte">escrit de mesmes à la court. Je die avec quelque &#xD;</p><p id="1" n="130  " type="texte">discours que je vous pourroys ar[an]guer un jour.&#xD;</p><p id="1" n="131  " type="texte">Je suys bien ayse du bon portement de monsieur de&#xD;</p><p id="1" n="132  " type="texte">Laval. Le gentilhomme est peu de jours à son des[ ?].&#xD;</p><p id="1" n="133  " type="texte">On tient que Mildebourg a esté envitallé&#xD;</p><p id="1" n="134  " type="texte">Jusques à Pasques, non obstant la route de&#xD;</p><p id="1" n="135  " type="texte">l’armée du grand commandeur et ce par lettre&#xD;</p><p id="1" n="136  " type="texte">du XIIIe fevrier dernier.&#xD;</p><p id="1" n="137  " type="texte">Monseigneur, je me recommande t[rès] humb[lemen]t la m[ienn]e&#xD;</p><p id="1" n="138  " type="texte">à votre bone grace et supplie le Createur&#xD;</p><p id="1" n="139  " type="texte">quil vous done en parfaicte santé&#xD;</p><p id="1" n="140  " type="texte">très longue et heureuse vie. 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Fac-similé

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Lieux de la lettre

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