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Texte de l’édition · graphies et annotations conservées
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XVIII-323 Arlaud, Jean, seigneur de Névache alias Jean-Louis Borel, dit La Casette à M. de Gordes, Exilles, 27 septembre 1572
Monseigneur, je revins hyer de Suze, où j’estoys allé en partie
pour entendre si ceulx de Pragella faisoyent provision d’armes et
de pouldre comme l’on m’avoyt dit ; ce que j’ey veriffié par ung qui
leur a vendu deux quintaulx de pouldre, et en sont allé cherché
davantaige en Piedmont. Aussi j’advertiz le cappitaine du chasteau dudit Suze
de quelques armes qu’ilz avoyent acheptez, qui les feist suivre et saisir
à aulcuns quelques arquebuses en chemin. Et n’a guières que ceulx
de ladite valée m’envoyarent ung consul avec ung present de
deux beaux motons pour descouvrir de moy s’ilz auroyent
dangier ; ce que luy remonstrais sellon mon oppinion le mieulx qu’il
feust possible, mesmes qu’ilz avoyent besoing de cesser les presches,
à quoy n’ey peu cognoistre qu’ilz ayent volunté de s’en desister. Et,
comme plusieurs des principaulx d’eulx qui me vindrent aussi veoir à Suze
m’ont descouvert, ilz ne treuvent poinct qu’ilz puissent estre
maistres de ce fère. Et quand tout est dit, tous sont de ceste
resolution. Au demeurant disent voulloir obeyr en tout et par tout au roy.
Et du reste, promectront prou mais n’en feront rien, tellement
que ne voys autre expedient pour les bien reduyre que
de suivre l’ordre que avoit esté prins à Orleans, comme appert
par arrest du conseil privé du temps du dernier roy Françoys,
qu’estoit de y fère deux fortz, pour quelle occasion monsieur de
Maugiron avoit lors en charge de lever deux mil hommes oultre
les communes, et je avoys esté nommé gouverneur desdits fortz ;
quoy advenant m’en recommande humblement à votre bon plaisir.
Quand d’aller dans la valée pour y attrapper quelque ministre,
suivant ce qu’il vous a pleu m’escripre par vostre dernière de Laval,
je le ferey très voluntiers, mais il me semble que pour cella
ne se reduyront, et m’asseure qu’il fauldra combattre,
car ilz y font garde et preschent en cinq ou six lieuz,
si bien que ayant cherché de attrapper l’ung, les autres
demeurront en estre ; ou bien ilz fauldroit avoir
[V°] grand nombre de gens pour donner par plusieurs coustez,
ce que mal aysement se pourroit fère qu’ilz ne feussent advertiz
pour gaigner Engrongne et retorneroyent au bout de quelque
temps, que seroit tousjours à recomencer. Mais ayant
une bride, ilz se volteront comme plaira au maistre.
Toutesfoys, j’en actendz encores votre bon advis et
comandement, que je ne manquerey, Dieu aydant, de mectre
en exequution de tout mon possible. Au reste, j’ey faict
la reverence à monsieur le cardinal Orsin, seigneur bien
amyable et vertueux qui passast avant-hyer à Suze
avec quarante cinq chevaulx à demye poste. Il s’en va légat
en France avec plaine puissance comme s’il y estoit pape. Je
le feuz rencontrer à Sainct Joyre et l’acompagnis jusques
à La Nouvalèze avec aucune troppe. Je m’enquis de luy,
entre autres choses de la victoire de laquelle je avoys
escript à monseigneur d’Ambrun mentionnée en votredite lettre, et
m’a dit que pour certain on la tint vraye à Rome plus de quatre
jours, et puys l’on a treuvé que ce feust ung auteur qui
la controva pour acompaigner et favoriser de plus les
nouvelles de Paris qui leur sont estez tant agréables
que ne se peult dire. Ilz commencent maintenant en Italie
de parler d’ung aultre langaige qu’ilz ne faisoyent naguières.
Bien dit ledit seigneur cardinal que les armées s’estoyent
comparues, mais l’on ne scays encores ce que sera advenu
et le Turc est bien fort nonobstant sa dernière perte.
Les soldatz françoys s’en reviennent tous bien pouvres et
malades et beaucoup y sont demeurez. N’ayant autre chose
de nouveau pour vous escripre, s’il n’est que aulcuns des ministres
qui continuent le presche en Pragella nonobstant l’edit de sa
magesté ont des biens par-deçà, parquoy si vous le treuviés
[324] bon, mon oppinion seroit les fère sequestrer par justice pour
leur donner à cognoistre qu’il fault obeyr ; et vous plaira nous
en comander votre bone volunté, vous suppliant très humblement
au demeurant, tochant à nous payes du passé, voulloir continuer
d’en recharcher à la court et à monsieur du Chastellart,
et s’il vous plaist nous fère bailler les deux cartiers
derniers, car monsieur de Leonne est fort difficille.
Sur ce, je prierey le Createur,
Monseigneur, vous voulloir donner en bonne santé
très longue et très heureuse vie. D’Exilles, ce XXVIIe
septembre 1572.
Votre très humble et
très hobeissant serviteur.
La Casette
Monseigneur, il vous plaira avoir esgard
sus la forniture du boys de la garde,
car ne moy, ne les soldatz ne scaurrions
quel ordre y mectre avec si peu d’estat
que nous avons, et n’a jamais esté
que l’on n’ayt forni aux autres cappitaines
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</p><p id="1" n="45 " type="texte">en France avec plaine puissance comme s’il y estoit pape. Je 
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</p><p id="1" n="50 " type="texte">m’a dit que pour certain on la tint vraye à Rome plus de quatre 
</p><p id="1" n="51 " type="texte">jours, et puys l’on a treuvé que ce feust ung auteur qui 
</p><p id="1" n="52 " type="texte">la controva pour acompaigner et favoriser de plus les 
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</p><p id="1" n="55 " type="texte">de parler d’ung aultre langaige qu’ilz ne faisoyent naguières. 
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</p><p id="1" n="63 " type="texte">magesté ont des biens par-deçà, parquoy si vous le treuviés 
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</p><p id="1" n="65 " type="texte">leur donner à cognoistre qu’il fault obeyr ; et vous plaira nous 
</p><p id="1" n="66 " type="texte">en comander votre bone volunté, vous suppliant très humblement 
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</p><p id="1" n="77 " type="texte">La Casette
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