Projet GordesUne correspondance à la Renaissance

XIX · f° 35 36 · 1572-10-03

XIX-35 Boczosel, Soffrey de, seigneur de Chastelard, à M. de Gordes, Paris, 03 octobre 1572

Boczosel, Soffrey de, seigneur de Chastelard → M. de Gordes

Transcription

Texte de l’édition · graphies et annotations conservées

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XIX-35 Boczosel, Soffrey de, seigneur de Chastelard, à M. de Gordes, Paris, 03 octobre 1572

Monseigneur, voz deulx dernières depeches sont du XVIIe

et XXIIe septembre tumbées en noz mains jusques yci ;

les miennes dernieres sont du XXIIe dans le pacquet du roy

avec les commissions pour faire esmanteler Dye et Loriol. Pour reprendre

la votre du XVIIe, j’ay heu plusieurs advis de la conversion du vibally Saint-

Remy, d’une part du danger qu’il pourroit non obstant ce courir, et

de l’opinion que l’on a d’ailleurs que telle catholisation ne le garantira

qu’il ne soit pourveu à son office. Les ungs m’escrivent pour eulx,

les autres pour leurs amis, autres pour moy et à mon refus pour leurs

amis touchant ledit office. Je verray ce que le roy en ordonnera. Vos lettres

ont esté rendues à ceulx que vous remerciés pour le regard de monsieur

de La Roche votre frere. Je vous ay escrit cy-devant ce que monsieur

d’Uzès m’en dict luy presentant la votre. Quant au contentement que

mes lettres par le convoy ou precedentes vous ont apportées, je suis très aise

que le roy et Monsegneur par les leurs du XIIIIe vous tesmoignent

eulx mesmes ce qu’ilz en ont de satisfaction ; et de ma part

vous pouvez, monsieur, croyre que je ne voudroys vous en

deguiser ce que j’en voys, oys et cognois comme je n’ay jamais faict.

Les choses ne sont encor tant refroydies que si le Cheylar

estoit attrapé, il ne tiendroit jamais roolle ny contrerolle.

On estime qu’il soit à Montargis. C’est chose incertaine de la

vie ou de la mort du sieur de Saint-Romain. Du premier de ce moys,

la royne m’en demanda des novelles et si je ne scaurois sentir

qu’il est devenu, s’il est vif ou mort, me redisant plusieurs foys

ces motz : « Il ne seroit pas de besoin qu’il retourna si tost en

Daulphiné ». Je ne sceus que remettre la royne au sieur de Stanay

ou bien à La Corniere, que l’on dict avoir esté employé par celuy qui

pretendoit au prioré de Mante pour l’aller assommer ; en la companie

duquel La Corniere j’avois souppé le jour precedent, qui en faisoit

neantmoins l’ignorant : bien disait-il avoir esté recherché pour

en faire faire lexeqution, mais qu’il avoit respondu qu’il y falloit

envoyer Tanchon, le prevost de Paris, avec ung bourreau et que sur telle

response on ne luy en avoit plus parlé. La royne me demanda quelles

novelles j’avoys de Montbrun. Je luy ramenteus ce que vous en

aviez escrit au roy du XVIIe septembre, et encor ce que quelzques

[v°] particuliers m’en ont escrit et à d’autres qui sont par-deçà. Conformement

à votre advertissement, la royne me dict que ce ne seroit

que bien faict, non obstant sa contenance qui le pourroit

tenir à Valence ou à Grenoble, de l’y arrester et les autres aussi,

desquelz on peut estre en doubte jusques que l’on vit qu’il adviendra

à ce temps. Je luy remis en advant ce que desjà je luy avois assez dict,

que s’ilz se feussent trouvés en lieu où on leur eust peu mettre

la main dessus, que vous en eussiés rendu bon compte au roy,

mais qu’en Daulphiné autant qu’en autre part de ce royaume,

les gentilzhommes fuyoint l’habitation des villes, faisant leur

demeure en leurs chasteaus et maisons aux champs, la pluspart

desquelles sont tres difficilles à forcer ou à surprendre ;

et puysque les choses alloint ainsi, qu’il seroit peut-estre

meileur de les y retenir et asseurer par art et quelzques

bons moyens que de les desesperer. Je luy tins ce propoz sur celuy

que monsieur Bellievre m’avoit tenu ung peu au paravant

dudit sieur de Monbrun suivant une lettre que monsieur de Saint-André

luy en avoit escritte en consideration de ce qu’il est oncle du sieur

d’Allieres. Comme mondit sieur de Saint-André vous pourra dire,

monsieur Bellievre me demandat si ledit sieur de Monbrun ne

se voudroit pas faire catholique, que fut occasion que je

remonstroys à la royne que, si le roy en faisoit ung commandement

general, que ledit sieur de Monbrun et plusieurs autres y pourroint

obeyr, mais que je ne voyois pas comment à present, sans tel commandement,

on les y peut exhorter, attendu les declarations que le roy

avoit faictes ; que touttesfois, si de leur bon gré ou en

vertu d’ung commandement general, ilz vouloint revenir à

la communion de l’eglise catholique, que par là ilz donneroint

à l’advenir quelques asseurance d’eux estant vraysemblable,

s’ilz ployoint leur conscience à cela, qu’ilz ployeroint aussi

toutte leur obeissance, devotion et affection aux commandementz

et service du roy, d’autant que par cy-devant ilz n’ont jamais

[36] pretendu autre cause de leur rebellion que celle

de la conscience et de la religion encor qu’en effect

on congneut assez qu’il y avoit autre but. La royne me dict que

si Monbrun vouloit prendre ce chemin, que le roy luy

envoyeroit une sauvegarde et asseurance telle qu’il la

pourroit desirer. Je vous ay escrit par ma derniere lettre

comment la royne, par le propos qu’elle en tint à monsieur d’Évènes,

sembloit ne trouver bon que l’on esmantèle Dye et Loriol. Monsieur de Limoges m’avoit

aussi dict que, sans grande necessité, on ne devoit pas venir

à ce poinct, et qu’il pourroit venir ung temps que telle ville

que Dye pourroit bien estre de grand importance. J’ay

aussi eu quelques lettres que l’on a escrit par-deça, que ceulx

de Dye avoint envoyé devers vous pour avoir garnison en

leur ville de peur, que les voisins n’y entreprinssent quelque

chose contre le service du roy et contre leur intention ;

cela fut occasion que j’en voulus de rechef parler à la

royne, mais je la trouvis bien changée du propoz qu’elle

en avoit tenu à monsieur d’Évènes, car elle me dict

qu’il falloit, puysque le nombre des huguenotz y estoit tel,

que vous passissiés outre à faire abbattre

les murs et que la garnison seroit de trop de despense ou

au roy ou au pays, et que les Corses ne seroint pas pour estre

tousjours en Daulphiné. J’estime, Monsieur, que la presente vous

trouvera en chemin ou desjà devers monsieur le marechal

Dampville qui vous debvoit depecher ung courrier pour vous

advertir de son passage et vous prier de vous rendre à Lyon.

J’estime que si le roy a encor quelque chose sur le cueur,

qu’il l’aura ouvert à mondit sieur le marechal et qu’il vous

en fera part. Touttesfois la royne, par les propoz que dessus, manifeste

assez son intention. On crainct que La Rochelle ne nous

travaille beaucoup et est-on sur la resolution si le roy

patientera encor ou si il y envoyera armée pour l’assieger.

Vous aurez sceu comment du XXIe du passé Mons a esté

rendu au duc d’Albe. Les Francois ont esté conduitz en la

frontiere de Picardie, où le marquis de Rotelin en a mis un grand

nombre en pieces et bien escarté le reste. Je prie Dieu,

Monsieur, vous donner très longue et heureuse vie. De Paris, ce

IIIe octobre 1572,

Vostre très humble serviteur.

Chastellard

[marge gauche :] Je ne scay pas que je pourray faire à la plus value des ducatz de Brianson. Monseigneur le prince daulphin l’a voulu demander mais il s’en est desisté pour le solagement de ceulx du pays. Telle recherche ne se doibt faire par mon moyen, mais la debvrois plustost empecher. Monsieur de La Roche doibt partir le VIe avec monsieur de Bonevaulx. Monsieur d’Évènes et monsieur de Laval et Gargas se portent bien. Monsieur Le Febvre dict que vous a escrit et envoyé argent. On ne parle plus du voyage de Monsegnieur le prince.

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J’ay &#xD;</p><p id="1" n="81  " type="texte">aussi eu quelques lettres que l’on a escrit par-deça, que ceulx &#xD;</p><p id="1" n="82  " type="texte">de Dye avoint envoyé devers vous pour avoir garnison en &#xD;</p><p id="1" n="83  " type="texte">leur ville de peur, que les voisins n’y entreprinssent quelque &#xD;</p><p id="1" n="84  " type="texte">chose contre le service du roy et contre leur intention ; &#xD;</p><p id="1" n="85  " type="texte">cela fut occasion que j’en voulus de rechef parler à la &#xD;</p><p id="1" n="86  " type="texte">royne, mais je la trouvis bien changée du propoz qu’elle &#xD;</p><p id="1" n="87  " type="texte">en avoit tenu à monsieur d’Évènes, car elle me dict &#xD;</p><p id="1" n="88  " type="texte">qu’il falloit, puysque le nombre des huguenotz y estoit tel, &#xD;</p><p id="1" n="89  " type="texte">que vous passissiés outre à faire abbattre &#xD;</p><p id="1" n="90  " type="texte">les murs et que la garnison seroit de trop de despense ou &#xD;</p><p id="1" n="91  " type="texte">au roy ou au pays, et que les Corses ne seroint pas pour estre &#xD;</p><p id="1" n="92  " type="texte">tousjours en Daulphiné. J’estime, Monsieur, que la presente vous &#xD;</p><p id="1" n="93  " type="texte">trouvera en chemin ou desjà devers monsieur le marechal &#xD;</p><p id="1" n="94  " type="texte">Dampville qui vous debvoit depecher ung courrier pour vous &#xD;</p><p id="1" n="95  " type="texte">advertir de son passage et vous prier de vous rendre à Lyon. &#xD;</p><p id="1" n="96  " type="texte">J’estime que si le roy a encor quelque chose sur le cueur, &#xD;</p><p id="1" n="97  " type="texte">qu’il l’aura ouvert à mondit sieur le marechal et qu’il vous &#xD;</p><p id="1" n="98  " type="texte">en fera part. Touttesfois la royne, par les propoz que dessus, manifeste &#xD;</p><p id="1" n="99  " type="texte">assez son intention. On crainct que La Rochelle ne nous &#xD;</p><p id="1" n="100  " type="texte">travaille beaucoup et est-on sur la resolution si le roy &#xD;</p><p id="1" n="101  " type="texte">patientera encor ou si il y envoyera armée pour l’assieger. &#xD;</p><p id="1" n="102  " type="texte">Vous aurez sceu comment du XXIe  du passé Mons a esté &#xD;</p><p id="1" n="103  " type="texte">rendu au duc d’Albe. Les Francois ont esté conduitz en la &#xD;</p><p id="1" n="104  " type="texte">frontiere de Picardie, où le marquis de Rotelin en a mis un grand &#xD;</p><p id="1" n="105  " type="texte">nombre en pieces et bien escarté le reste. Je prie Dieu, &#xD;</p><p id="1" n="106  " type="texte">Monsieur, vous donner très longue et heureuse vie. De Paris, ce &#xD;</p><p id="1" n="107  " type="texte">IIIe octobre 1572, &#xD;</p><p id="1" n="108  " type="texte">Vostre très humble serviteur.&#xD;</p><p id="1" n="109  " type="texte">Chastellard&#xD;</p><p id="1" n="110  " type="texte">[marge gauche :] Je ne scay pas que je pourray faire à la plus value des ducatz de Brianson. Monseigneur le prince daulphin l’a voulu demander mais il s’en est desisté pour le solagement de ceulx du pays. Telle recherche ne se doibt faire par mon moyen, mais la debvrois plustost empecher. Monsieur de La Roche doibt partir le VIe avec monsieur de Bonevaulx. Monsieur d’Évènes et monsieur de Laval et Gargas se portent bien. Monsieur Le Febvre dict que vous a escrit et envoyé argent. On ne parle plus du voyage de Monsegnieur le prince.        &#xD;</p><p id="1" n="111  " type="texte"> &#xD;</p><p id="1" n="112  " type="texte"/></div>

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