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Texte de l’édition · graphies et annotations conservées
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XIX-92 Portes, Guillaume de, second président au parlement du Dauphiné, à M. de Gordes, Grenoble, 13 octobre 1572
Monsieur, je loue Dieu qu’il ne s’est presenté grande occasion de vous
escrire puys votre partement et vouldroys que cela dura longuement. La
dernière de mes letres n’estoyt que pour accompagner et, comme disent
les Modernes, accuser la reception d’ung paquet du segneur Ludovic
que j’ovris, et l’aultre de monsieur de Montoyson, sans ouvrir.
J’ay doubte si les aurés receu à propos, d’autant que je n’ay veu
aulcung mandement votre pour les compagnies du baron des Adrestz ;
si est-ce que incontinant je le feis delivrer au chevaucheur.
Bien tost après, nous receumes les letres de messieurs d’Argentenant
et de Catinel avec advertissementz du costé du Valentinoys
que pour seur ceulx de la novelle opinion s’eslevoyent et qu’on
se tint sur sa garde. Je ne scay si ceste alarme se refroydit
ou si elle faict son nid, mais l’on ne s’en est guières echaufé
en ce lieu, et n’a peu tant valoyr ce bruit de fère retirer
ung seul home des celiers voysins, ce que toutesfois j’eusse
desiré. Hier, par l’advis de messieurs les commissayres de
la police et garde de ceste ville, le cappitaine Curebourse, avec quelque
nombre d’homes alla, de grand matin, à Domène pour
desarmer ceulx qu’on doubtoyt. Ilz n’y trovarent aulcunes armes
et n’y veirent aultre qu’esfroy de ceulx qui pensoient qu’on
y alla à aultres fins, qui les meut à se cacher jusques
dans l’Ysere, puys, en fin, voyant qu’on n’offensoyt persone, se
retirarent toutz audit Curebource et s’asseurarent de toutz poyntz.
Il m’a rapporté en oultre que, de quarante qu’ilz peuvent estre
des reliques de ceulx qui ont suyvi ce parti aux derniers
troubles, il n’y en a plus que doze qui ne soient remis à
la religion universelle. Est vray que ceste recherche
dona telle alarme à Columbin, qui estoyt de l’aultre
costé de l’eau, en sa mayson de Saint-Nazere, qu’il a delogé
à mon grand regret, car sans cela, ce jourd’huy, après diner,
il me venoyt trover au Chastelet pour me prier d’interceder
envers vous et messieurs de la cour pour son asseurance,
[92B]
ce que j’avoys promis au capitaine Bernard fère, qui a esté plus
sage ; et m’a escrit ce mesme jour qu’il me tiendroyt
parole, nonobstant qu’il soyt intimidé et espouventé par aulcungs.
Et en verité, je me suys aperceu qu’il y en a des nostres qui
en font mestier. Ledit Columbin s’est declaré qu’il retournoyt
trover mon frère, sur quoy je ne scay que penser, car il m’avoyt
faict escrire que la cause de s’en estre rennié estoyt que
monsieur le vibaly de Saint-Marcelin avoyt dit à ung gentilhomme
nommé le sieur de Golar, avoyr charge de vous d’assanbler les
commissaires pour l’atraper. Je feis response à celuy qui me porta
ce propos que cela n’avoyt aulcune apparence de verité et
que je scavoys assés votre volunté estre toute contrère ; d’alieurs
que si aynsi estoyt, l’on n’en se feut adressé au vibaly, et s’il
eut ceste charge, il eust très mal faict de ladecovrir qui n’estoyt
que l’an dire gare. S’il est aynsi qu’il soyt retiré de rechef
à Chevrières, je tacheray le fère revenir deçà et sonder
son intantion pour le divertir de toute desobeissance, car quoy
que ce soyt, je voys que telles gens desesperés donent prou
peyne. J’ay veu letres qu’escript monsieur de Chastelard
à ceulx du païs qui semblent menasser du costé de La Rochelle
et de l’inconstance des vicomtes qui avoyent faict semblant se
reduire à l’obeissance de sa magesté. Je ne fays doubte qu’il ne
vous advertisse encores plus à pleyn. Je vous envoye une letre
de monsieur de Montfort, seulement à fin que voyés les beaux
discours qu’on faict à l’italiene du rebourcement de chemin
de monsieur le cardinal Ursin. Nous avons ce matin decreté quelques
informations contre ceulx du Gapensoys et voysins de Trièves, mès
l’exequution sera surçoyée jusques à ce qu’on vous aye faict entendre
le faict ; et pource que je suys au bout de la page, je la finiray par
mes humbles recommandations à votre bone grace, priant le Createur,
Monsieur, vous doner en santé, heureuse et longue vie. De Grenoble, ce XIII octobre 1572. Vostre humble serviteur.
G Deportes
[93A]
En volant clorre la presente, j’ay receu response de monsieur de La Mote,
lequel j’avoys prié m’escrire ce qu’il apprendroit des entreprises de
ses voysins. Il m’a remis à une letre que luy a mandé le capitaine
Arnaud, dont je vous envoye une copie et l’extraict d’ung chef
de ce qu’il m’a escript, et non la letre, pour la pouvoyr monstrer demayn
à messieurs de notre compagnie. S’il y avoyt moyen, ou par doulceur
les asseurer, ou par force advant qu’il s’atroupent les surprendre,
j’entens desarmer et se saysir d’une demye dozeyne des
plus seditieux, ce seroyt peut-estre obvier à plus grand despence
et mal.
Ce Saynct-Maurice dont est parlé en la letre du capitaine Arnaud, est l’ung de
ceulx qui se treuvent chargé par l’information par nous decretée d’avoyr, en pleyn
marché, volu susciter ceulx de son parti à prendre les armes et s’elever
et que volons nous attendre qu’on nous tue.
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</p><p id="1" n="14 " type="texte">se tint sur sa garde. Je ne scay si ceste alarme se refroydit 
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</p><p id="1" n="16 " type="texte">en ce lieu, et n’a peu tant valoyr ce bruit de fère retirer 
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</p><p id="1" n="43 " type="texte">monsieur le vibaly de Saint-Marcelin avoyt dit à ung gentilhomme 
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</p><p id="1" n="52 " type="texte">son intantion pour le divertir de toute desobeissance, car quoy 
</p><p id="1" n="53 " type="texte">que ce soyt, je voys que telles gens desesperés donent prou 
</p><p id="1" n="54 " type="texte">peyne. J’ay veu letres qu’escript monsieur de Chastelard 
</p><p id="1" n="55 " type="texte">à ceulx du païs qui semblent menasser du costé de La Rochelle 
</p><p id="1" n="56 " type="texte">et de l’inconstance des vicomtes qui avoyent faict semblant se 
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</p><p id="1" n="58 " type="texte">vous advertisse encores plus à pleyn. Je vous envoye une letre 
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</p><p id="1" n="68 " type="texte">[93A] 
</p><p id="1" n="69 " type="texte">En volant clorre la presente, j’ay receu response de monsieur de La Mote, 
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</p><p id="1" n="72 " type="texte">Arnaud, dont je vous envoye une copie et l’extraict d’ung chef 
</p><p id="1" n="73 " type="texte">de ce qu’il m’a escript, et non la letre, pour la pouvoyr monstrer demayn 
</p><p id="1" n="74 " type="texte">à messieurs de notre compagnie. S’il y avoyt moyen, ou par doulceur 
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