Transcription
Texte de l’édition · graphies et annotations conservées
-
XIX-196 Bellièvre, Jean de, sieur de Hautefort, troisième président au parlement du Dauphiné, à M. de Gordes, Beaucaire, 28 novembre 1572
Monseigneur, je fus bien marry l’autre jour que l’on ne porta pas assés
tost au colonel des Corses le pacquet que je délibéroys vous envoyer par luy.
Ce matin, j’en ay receu un de vous du XXIe. Si quelques foys
vous en recevés de monseigneur le mareschal sans des miennes, c’est qu’il vous fait
des dépesches sur le champ et, lhorsque je suys auprès de luy, que je
n’ay moyen mectre la main à la plume ; depuis vous en
devés avoir receu une double ou une terne par lesquelles
vous aurés sceu le succès de Somières, dont je n’useray de redite,
non plus que du dépêche que je receu naguères du roy pour aller
en Suisse. Nous attendons deshormais d’heure à autre le retour
de monsieur de Lombais. Je suys bien ayse de l’ordre que vous
avés doné à Valence sans vous arrester au commandement du roy,
qui seroit bien tard après un inconvénient. Et vous diroyent
tous jours sa majesté que cela s’entend, sur ce que vous veissiés qu’il en fust de [Bebras], lequel est aujourd’huy presque par tout ces quartiers. Quant
au discours que le seigneur que scavés vous a fait quatre jours après,
j’ay monstré à monseigneur le maréchal ce que vous m’en escrivés,
qu’il m’a bien conté autrement, comme je cuyde que fait aussi
à vous, mais ceste-cy est du mesme tonneau que
celle que ledit sieur vous vouloit faire acroire à Valence, que leurs magestés
l’avoyent recherché et pressé d’accepter la moytié de
vostre charge, dont je veux faire demain le compte
à mondit seigneur le marechal, auquel j’ay bien déjà dict qu’il ne faut
tousjours croire tout ce que nos Daulphinoys disent, et qu’il y en
a qui scavent aussi bien advancer qu’allieurs. L’autre foys,
sur ce que vous m’escriviés de cecy mesmes, je luy dis, comme
j’ay fait encor aujourd’huy, que l’homme dont est question ne commanda
de sa vie que à un valet, qu’il est mou et nullement à propos ; sur quoy
il m’a dit : « voilà bien mon cas » ; et que tout ce qui en fust est
[v] que, estant prié et pressé de luy, il luy dict que, selon la
responce que luy rapporterait ledit sieur de Lombais, il employrayt
voluntiers le personage et accorda audit seigneur deux compagnies, l’une pour le capitaine
Augier, qui est de ce gouvernement, et l’autre pour le sieur de
Rochefort, pour lesquelz il feist advancer, comme aux
autres, quelque centaine d’escus qui luy ont esté renvoyés, pour
n’avoir voulu les susdits lever lesdites compagnies ; et que vous ferait
tousjours paroir le respect que vous vouloyt porter. Ce soir,
sur ce que je l’ay resouvenu de vous en vouloir toucher
un mot, il m’a asseuré vous en avoir escrit, mais
à toutes adventures, je vous ay bien voulu faire ce
discours. Le gentilhomme qui vous devoyt aller trouver
de la part de ceux de la religion demeure beaucoup, attendant
le temps que monsieur d’Ourche m’en ha escrit. Il y a apparence
que monseigneur le prince daulphin viendra en son gouvernement
comme les autres. Mais à peine que ce soit si tost, pour
les raisons que vous pouvés bien penser. Je vous envoye
la copie d’une lettre de Beze que l’on fait courir par les mains des
huguenotz. Sur ce, après mes très humbles recommandations à votre
bone grâce, je prie le Créateur qu’il vous done,
Monseigneur, en parfaicte santé, très longue et très heureuse
vie. De Beaucaire, le XXVIIIIe jour de novembre 1572.
Votre très humble et très affectionné serviteur.
Bellievre
Madame de Gordes et monsieur de
La Roche verront icy [s’il] leur plait,
mes semblables recommandations à leur bone
grâce.
[197] Enfin, ceux de Nymes sont contens (se disent-ils) d’entrer en conferance
avec moy. Nous sommes après à l’acheminer. Je scay que c’est fort
maugré leurs chefs, qui me fait moins espérer, mais puisqu’ils le
craigne il le fault vouloir, aussi que le roy le désyre, à dire
entre vous et moy. Dieu leur face la grâce, et à nous, de pouvoir
faire quelque chose de bon. Pour le moins espérons-nous découvrir leur
intention et dessaing.
Consulter le XML intégral
<div id="lettre" index="573" class="add" name="admin" date="2019-07-17T19:22:04.405+02:00"><desc><tome>XIX</tome><folios><f>196 197</f></folios><expediteur>Bellièvre, Jean de, seigneur d’Hautefort, troisième président au parlement du Dauphiné</expediteur><destinataire>M. de Gordes</destinataire><date type="reponse" cat="reelle"/><date type="expedition" cat="reelle">1572-11-28</date><date type="expedition" cat="affiche">1572-11-28</date><date type="reception" cat="reelle">1572-12-07</date><lieu type="expedition" gps="43° 81' 00'' N ; 4° 64' 44'' E">Beaucaire</lieu><lieu type="reception" gps="45° 19' 91'' N ; 5° 73' 62'' E">Grenoble</lieu><hyperlien/><bibliographie/><note/></desc><p id="1" n="1 " type="texte"> -
</p><p id="1" n="2 " type="titre">XIX-196 Bellièvre, Jean de, sieur de Hautefort, troisième président au parlement du Dauphiné, à M. de Gordes, Beaucaire, 28 novembre 1572
</p><p id="1" n="3 " type="texte">Monseigneur, je fus bien marry l’autre jour que l’on ne porta pas assés 
</p><p id="1" n="4 " type="texte">tost au colonel des Corses le pacquet que je délibéroys vous envoyer par luy. 
</p><p id="1" n="5 " type="texte">Ce matin, j’en ay receu un de vous du XXIe. Si quelques foys 
</p><p id="1" n="6 " type="texte">vous en recevés de monseigneur le mareschal sans des miennes, c’est qu’il vous fait 
</p><p id="1" n="7 " type="texte">des dépesches sur le champ et, lhorsque je suys auprès de luy, que je 
</p><p id="1" n="8 " type="texte">n’ay moyen mectre la main à la plume ; depuis vous en 
</p><p id="1" n="9 " type="texte">devés avoir receu une double ou une terne par lesquelles 
</p><p id="1" n="10 " type="texte">vous aurés sceu le succès de Somières, dont je n’useray de redite, 
</p><p id="1" n="11 " type="texte">non plus que du dépêche que je receu naguères du roy pour aller 
</p><p id="1" n="12 " type="texte">en Suisse. Nous attendons deshormais d’heure à autre le retour 
</p><p id="1" n="13 " type="texte">de monsieur de Lombais. Je suys bien ayse de l’ordre que vous 
</p><p id="1" n="14 " type="texte">avés doné à Valence sans vous arrester au commandement du roy, 
</p><p id="1" n="15 " type="texte">qui seroit bien tard après un inconvénient. Et vous diroyent 
</p><p id="1" n="16 " type="texte">tous jours sa majesté que cela s’entend, sur ce que vous veissiés qu’il en fust de [Bebras], lequel est aujourd’huy presque par tout ces quartiers. Quant 
</p><p id="1" n="17 " type="texte">au discours que le seigneur que scavés vous a fait quatre jours après, 
</p><p id="1" n="18 " type="texte">j’ay monstré à monseigneur le maréchal ce que vous m’en escrivés, 
</p><p id="1" n="19 " type="texte">qu’il m’a bien conté autrement, comme je cuyde que fait aussi 
</p><p id="1" n="20 " type="texte">à vous, mais ceste-cy est du mesme tonneau que 
</p><p id="1" n="21 " type="texte">celle que ledit sieur vous vouloit faire acroire à Valence, que leurs magestés 
</p><p id="1" n="22 " type="texte">l’avoyent recherché et pressé d’accepter la moytié de 
</p><p id="1" n="23 " type="texte">vostre charge, dont je veux faire demain le compte 
</p><p id="1" n="24 " type="texte">à mondit seigneur le marechal, auquel j’ay bien déjà dict qu’il ne faut 
</p><p id="1" n="25 " type="texte">tousjours croire tout ce que nos Daulphinoys disent, et qu’il y en 
</p><p id="1" n="26 " type="texte">a qui scavent aussi bien advancer qu’allieurs. L’autre foys, 
</p><p id="1" n="27 " type="texte">sur ce que vous m’escriviés de cecy mesmes, je luy dis, comme 
</p><p id="1" n="28 " type="texte">j’ay fait encor aujourd’huy, que l’homme dont est question ne commanda 
</p><p id="1" n="29 " type="texte">de sa vie que à un valet, qu’il est mou et nullement à propos ; sur quoy 
</p><p id="1" n="30 " type="texte">il m’a dit : « voilà bien mon cas » ; et que tout ce qui en fust est 
</p><p id="1" n="31 " type="texte">[v] que, estant prié et pressé de luy, il luy dict que, selon la 
</p><p id="1" n="32 " type="texte">responce que luy rapporterait ledit sieur de Lombais, il employrayt 
</p><p id="1" n="33 " type="texte">voluntiers le personage et accorda audit seigneur deux compagnies, l’une pour le capitaine 
</p><p id="1" n="34 " type="texte">Augier, qui est de ce gouvernement, et l’autre pour le sieur de 
</p><p id="1" n="35 " type="texte">Rochefort, pour lesquelz il feist advancer, comme aux 
</p><p id="1" n="36 " type="texte">autres, quelque centaine d’escus qui luy ont esté renvoyés, pour 
</p><p id="1" n="37 " type="texte">n’avoir voulu les susdits lever lesdites compagnies ; et que vous ferait 
</p><p id="1" n="38 " type="texte">tousjours paroir le respect que vous vouloyt porter. Ce soir, 
</p><p id="1" n="39 " type="texte">sur ce que je l’ay resouvenu de vous en vouloir toucher 
</p><p id="1" n="40 " type="texte">un mot, il m’a asseuré vous en avoir escrit, mais 
</p><p id="1" n="41 " type="texte">à toutes adventures, je vous ay bien voulu faire ce 
</p><p id="1" n="42 " type="texte">discours. Le gentilhomme qui vous devoyt aller trouver 
</p><p id="1" n="43 " type="texte">de la part de ceux de la religion demeure beaucoup, attendant 
</p><p id="1" n="44 " type="texte">le temps que monsieur d’Ourche m’en ha escrit. Il y a apparence 
</p><p id="1" n="45 " type="texte">que monseigneur le prince daulphin viendra en son gouvernement 
</p><p id="1" n="46 " type="texte">comme les autres. Mais à peine que ce soit si tost, pour 
</p><p id="1" n="47 " type="texte">les raisons que vous pouvés bien penser. Je vous envoye 
</p><p id="1" n="48 " type="texte">la copie d’une lettre de Beze que l’on fait courir par les mains des 
</p><p id="1" n="49 " type="texte">huguenotz. Sur ce, après mes très humbles recommandations à votre 
</p><p id="1" n="50 " type="texte">bone grâce, je prie le Créateur qu’il vous done, 
</p><p id="1" n="51 " type="texte">Monseigneur, en parfaicte santé, très longue et très heureuse 
</p><p id="1" n="52 " type="texte">vie. De Beaucaire, le XXVIIIIe jour de novembre 1572. 
</p><p id="1" n="53 " type="texte">Votre très humble et très affectionné serviteur.
</p><p id="1" n="54 " type="texte">Bellievre
</p><p id="1" n="55 " type="texte">Madame de Gordes et monsieur de 
</p><p id="1" n="56 " type="texte">La Roche verront icy [s’il] leur plait, 
</p><p id="1" n="57 " type="texte">mes semblables recommandations à leur bone 
</p><p id="1" n="58 " type="texte">grâce.
</p><p id="1" n="59 " type="texte">[197] Enfin, ceux de Nymes sont contens (se disent-ils) d’entrer en conferance 
</p><p id="1" n="60 " type="texte">avec moy. Nous sommes après à l’acheminer. Je scay que c’est fort 
</p><p id="1" n="61 " type="texte">maugré leurs chefs, qui me fait moins espérer, mais puisqu’ils le 
</p><p id="1" n="62 " type="texte">craigne il le fault vouloir, aussi que le roy le désyre, à dire 
</p><p id="1" n="63 " type="texte">entre vous et moy. Dieu leur face la grâce, et à nous, de pouvoir 
</p><p id="1" n="64 " type="texte">faire quelque chose de bon. Pour le moins espérons-nous découvrir leur 
</p><p id="1" n="65 " type="texte">intention et dessaing. 
</p><p id="1" n="66 " type="texte"/></div>
Fac-similé
4 vue(s) identifiée(s) dans le catalogue du corpus.
La visionneuse se charge à l’approche de cette section.
JPEG original — vue 1 · JPEG original — vue 2 · JPEG original — vue 3 · JPEG original — vue 4
Lieux de la lettre
Repérage selon les coordonnées du corpus, sans géocodage externe. Fond géographique contemporain indicatif, Natural Earth.