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Texte de l’édition · graphies et annotations conservées
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XIX-201 Urre de Cornillan d’Oncieu, Louis d', seigneur du Puy-Saint-Martin, à M. de Gordes, Crest, 24 novembre 1572
Monsieur, je receus hier la lettre qu’il vous ha pleu me rescripre par l’archier de monsieur de Chastellard, et quant auls informacions qu’il vous ha mendées, je pense, Monsieur, si qu’aurés
trouvé par icelles, que je vous hays aulcunement desguisé le faict, l’injure duquel
j’ey suivye avesques toute la doulceur quy m’a esté possible, vous jurent Dieu,
Monsieur, que je ne me suys caserné avecques respect et doulceur, moyen d’ors, en l’endroyct
de tous en général et particullier, que j’eusse faict avesques mon père s’il fust
vivent, et d’iscy en hors, ferey encores mieulx si je le puys ou scay faire, suivent
l’admonicion et commendement qu’il vous plaict m’en fayre par vostre dicte letre.
J’ay faict tenir sus l’heure mesme celle que escripviés au lieutenent de ceste ville,
ensemble la patente de sa magesté que l’on fera publier ce jourd’huy. Je vous
promectz, Monsieur, que je tiens advys d’ung grand nombre de bons lyeus que ceulx
de la saincte religion de ce pays n’attendent que leur heure et adventaige pour
remuer mesnaige. Toutesfoys, les principaulx sont de sy bon lyeu et de sy bonne race
qu’ilz doybvent bien penser à une si lourde et poltrone recheutte. Quant à moy,
Monsieur, je suys desmasqué de tous costés et vous promectz que je n’y hey
de compères ne de cousins que ceulx qui demeureront bons et fidelles
subgectz de sa magesté. Monsieur, je vous supplie ne trouver mauvays si je
vous foys entendre l’incommodité et grand travayl en coy je suys pour entretenir
le nombre des soldatz qu’il vous ha pleu m’ordonner pour la garde de ce lyeu.
J’en hey jà changé, de vintedeux ou vintetroys, pour ny pouvoyr temporiser
car ilz sont tous, jour et nuyct, de guarde, et sy leur hey retrenché, de troys
sentinelles contreinctes, une ; oultre, Monsieur, que pour la grande chierté des
vivres qui s’augmente tous les jours, ilz ne peuvent vivre à six soubs par
jour ; et fault que vous rezollés, Monsieur, que sus le premier estat qu’il vous
havet pleu leur fayre, ilz pourront justement se tenir chaussés et amunicionnés
de pouldre, corde et plomb, et à moings de vintetcinq soldatz, je ne puys guarder
que la moytié de ce chasteau. Les douze Corses qui i estoyent, Monsieur, n’en
guardoyent que la moytié qui est près de la tour. Les aydes pour le boys et
chandelles que messieurs du pays hont données à messieurs de ceste ville leur
payent plus que ne muncte mon estat, celluy des douze soldatz, et toutes les
guardes de leur ville. Sy, pour le retrenchement qu’il vous ha pleu fayre de noz estatz,
ilz vous playsoyent, Monsieur, nous ordonner du boys, huylle, sel et chandelles, en
donnent à voz villes quelques aydes, d’adventaige feriés grande charité car,
foy de chrestien et de affectionné serviteur et filz, il i va du patrimoyene
et bien largement de nostre substance. Le bien que vous nous ferés, Dieu le
vous recongnoistra, et nous serons tousjours plus obligés à le supplier et prier
pour vostre prospérité et senté. Vous baysent à mon acostumée très humblement
la mein et supplient celluy qui despart toutes grâces vous donner,
Monsieur, en parfaicte senté, contente et longue vie. De Chrest, ce sabmedy matin
29e de novembre 1572.
Vostre plus humble et plus obéissent serviteur et comme filz
Deurre Doncieu
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