Projet GordesUne correspondance à la Renaissance

XVII · f° 273 274 · 1572-07-13

XVII-273 Grolier, Antoine, receveur général du Dauphiné à M. de Gordes, Lyon, 13 juillet 1572

Grolier, Antoine, receveur général du Dauphiné → M. de Gordes

Transcription

Texte de l’édition · graphies et annotations conservées

-

XVII-273 Grolier, Antoine, receveur général du Dauphiné à M. de Gordes, Lyon, 13 juillet 1572

Monseigneur, il vous plaira m’excuser si je ne feis promptement responce à la lettre que de vostre grâce m’escrivistes dernièrement du XXVe du passé, d’autant que lors ne se présentois chose digne de vous escripre, avec ce

que le messagier partist plus tost que je n’estimois. Or à présent, par ce que demain je m’en voye

faire ung tour pour visiter ma maison des champs afin de m’accheminer par après à Grenoble,

je n’ay voulu faillir vous faire part des nouvelles que nous avons eu ceste sepmaine dernière en ceste ville.

En premier lieu de Constantinoble, monsieur d’Acx, ambassadeur pour le roy, escrit

du XIIe de juing comme estant arrivé là, il a esté receu avec ung grandissime accueil et peu à peu

a remis l’ambassadeur de France en son antienne autorité, crédit et splendeur, et plus que jamais le Grand Seigneur

en faveur du roy a relâché librement et sans rançon Dom Gian Paulo Vagliony, collonel pour les Vénitiens

à Famagoste, en qui y avoit esté prins, pour la rançon duquel en avoit demandé aux Vénitiens troys

villes d’importance. Il a semblablement relaché pour les mêmes considérations trois grandz seigneurs

chevaliers de Rodes, qui estoient à la chesne et a permis audit seigneur d’Acx rachepter trente chevaliers de Malte,

qui semblablement estoient à la chesne, ce qu’il a faict de ses deniers, disant sur plus que son voiage

apportera plus d’utilité à la Chrestienté que n’a estimé le pape et ceulx de la Ligue car par ces nouvelles

choses pourront estre modérées. Quant aux armées du Turcq, ledit seigneur d’Acx escrit comme depuis quelque

temps après la victoire des Chrétiens en Morée, de cinq mois, ledit Turcq a faict faire cent gallères

et cent galléaces qui sont en très bon ordre, bien équippées et munyes de tout, avec lesquelles il délibère

se deffendre ceste année s’il est assailly, en intention d’en faire faire ceste année encores quatre

cent qu’il s’asseure seront prestes et équippées pour le commencement du printemps prochain, pour assaillir

ses ennemys de tous coustez, se contentant pour le présent de temporiser, quelque despence qu’il ayt

sceust faire jusque icy. Il n’a encores aulcunement touché en ses trésors. Il faict venir de Caramange

cinquante mil hommes, de plus furieux et bravres qu’on ayt jamais veu, lesquelz encores

qu’à présent ilz puissent estre partis de leur lieu, ne pourront toutesfois arriver en Constantinoble

avant ledit printemps, concluant ledit seigneur d’Acx que si l’armée de la Ligue n’exécute quelque chose

cest année, qu’elle ne prenne villes ou defface l’armée du Turcq, que l’année prochaine ilz ne

pourront résister à si grandz fraiz, ains au contraire, seront empesché de se garder.

De Rome du VIIe passé, ung nepveu de monsieur de Malras escrit comme les Italiens

et Espaignolz croient fermement la guerre ouverte entre les roys de France et d’Espaigne,

car quelque raisons que l’on leur scaiche alléguer, ilz tiennent le roy pour autheur et faulteur

des rebellions de Flandres, disans que jamais les Gueuz dudit païs n’eussent osé entreprendre

à se soulever sans la faveur et l’autorité du roy. Le pape et les cardinaulx sont en ceste

opinion, encores que sa majesté, par homme exprès, luy ay faict entendre que l’on se peut asseurer

qu’il ne commencera jamais guerre s’il n’y est contrainct et forcé et qu’il n’a jamais entendu ny

consenty aux troubles de Flandres et que l’occasion qui l’a faict armer en son royaulme

[v°] n’a esté à autre que pour se garder s’il estoit assailly, voiant tout ses voisins armer au tour de luy

et qu’il n’est tenu ny obligé de rendre compte à personne de ses desseings ny voluntez. Brief,

ledit seigneur de Malras escrit qu’il crainct que les choses ne s’aigrissent et qu’au lieu de

revenir avec bénédiction, les François ne s’en retournent avec grandes malédictions. Dieu porvoira

à tout. Le Turcq a envoié à Rome ung ambassadeur pour visiter le filz du Bassa son nepveu

et pour traicter de sa délivrance. Je vous envoie coppie des parolles qu’il a leues

audit nepveu, luy faisant la reverance en le visitant. L’on ne scaye encores ce qu’il en

reuscira.

De Venise, par lettre du dernier passé, l’on escrit comme monsieur le marquis de Meyne

s’estoit embarqué contre le vouloir de l’ambassadeur de sa majesté qui feist plusieurs

protestations et sommations de ne passer oultre et comme particulièrement il a faict à tous

les François. Mesme mon frère m’escrit que l’estoit allé saluer, suivant la charge que je luy en

avoys donné, ledit sieur ambassadeur luy offrit tout plaisir et faveur pourveu qu’il ne passast

oultre, l’asseurant qu’il advertiroit le roy du nom de tous ceulx qui accompaigneroient

ledit seigneur marquis. L’armée des Vénitiens est à Corfou attendant Don Jehan d’Austria

qui est à Messine d’où il ne veult bouger jusques à ce qu’il entende quel ply prendront

les affaires de Flandres, de quoy les Vénitiens se faschent merveilleusement et despute l’on

contre les Françoys comme aultheur de ce mal. Ladite armée des Vénitiens avoit assaillye

une ville maritime nommée Castelnovo, mais ilz ont esté contrainctz de se retirer sans y

faire long séjour à cause que la ville est forte, bien munye et fut secouru de XIIcs L

chevaulx turcqs qui n’estoient esloignez du lieu. Ilz tiennent pour certain que l’armée

de la Ligue ne fera pas grand chose ceste année si les affaires succèdent mal en Flandres.

Une partie viendra assaillir la coste de première, l’autre servira en Flandres.

D’Anvers, par lettres du XXVIIIe du passé, le duc de Medinacely estoit arrivé à bon port

avec environ six mil hommes et s’en alloit joindre au duc d’Albe, qui estoit devant Mons,

estant délibéré de commencer à battre la ville le XIe du présent avec toutes ses

forces qui ne sont petites. Les huguenotz avoient semé un bruict qui a continué quatre ou cinq

jours comme ledit duc de Medinacely avoit esté deffaict et s’estoit saulvé sur quarante lieus

dans Bruxelles et que le duc d’Albe s’estoit retiré dans la citadelle d’Anvers.

Mais cella a esté trouvé faulx. Les huguenotz de Flessins ont mis les Anglois

avec le reste, lesquelz à présent s’en veullent faire maistres. Ilz ont puis ung moys prins

quelques navires apartenans à des Portugais chargés de marchandises pour plus

de douze cens mil livres , de sorte que cella causera de banques routes.

[f° 274] De Paris, du VII et VIIIe du present : le roy a de nouveau mandé à monsieur de Longueville

d’assembler forces telles qu’il porra en tailler en pieces tous ceulx qui iront à la guerre

de Flandres ; et toutesfois, il se trouve qu’ilz sont desja plus de VI c[ens] hommes huguenotz

sur les frontières, lesquelz ne s’osent hazarder d’entrer dans le pays de Flandres,

à cause que le duc d’Albe est fort de cavallerie ; avec ce, quilz attendent à quoy reusciront

les poursuictes et courvées continuelles que faict l’admiral à sa majesté de secourir ceulx de Mons

et mectre armée sur luy, promectant merveilles. A quoy toutesfois, le roy dit ne vouloir

entendre et veult maintenir la paix. L’ambassadeur du pape et celluy d’Espaigne

poursuivent destre ouys pour scavoir la volunté et resolution de sa majesté touchant lesdites

affaires de Flandres. Mais, ilz nont peu encores avoir audiance, estant renvoyé du roy

à la royne mère et d’elle au roy, qui faict mal presumer et donne soupçon de beaucoup

de malheur. Le roy et la royne mère faignans daller à la forestz de Lyons

à la chasse, sont allez avec six vingtz chevaulx seulement en Normandie et jusques

à Dieppe. Lon ne scait pourquoy beaucoup de personne le trouvent estrange de se

mectre ainsi en dangier. Tout le pays de Poitou est plain de soldatz et gens darmes,

lesquelz font mille maulx et vivent à discretion et ruynent le peuple. Le sieur Strozy

n’est encores embarqué et est attendant au Bourdellays. Lon tient que son voiage est rompu.

Le roy de Navarre est à Vendosme pour assister à l’enterrement de sa mère, que l’on

porte en grand pompe dans ung chariot tiré à six chevaulx, couvert de vellours noir,

et le chariot de mesmes avec une barre blanche. Il y avoit XXX ou XL chevaulx

couvers de mesmes et tous les serviteurs avec des restres noirs. Le mariage dudit roy

de Navarre avec madame se cellebrera le XXV de ce moys. L’on ne scait s’il se fera grand

pompe ; et toutesfois, l’on vuide le palaix de Paris pour y faire les nopces. Voyla tout ce

que j’ay peu apprendre pour le présent. S’il y a quelque chose qui ne se trouve veritable,

je n’en suis lautheur. S’il survient quelque autre chose par cy-après qui merite l’escrire,

je ne feray faulte vous en advertir, ou bien seray le porteur moy-mesme pour vous faire

très humble service, et d’aussi bonne volunté, comme je prie Dieu,

Monseigneur, en santé vous donner heureuse et longue vie. De Lyon, ce XIIIe juillet 1572.

Vostre très humble et obeissant serviteur.

[v] Monseigneur, pour avoir trouvé homme qui s’en allast de par della pour porter la présente,

j’ay icelle retenu jusques à présent et ce pendant me suis enquis s’il y avoit quelque

chose de nouveau, sur quoy ie n’ay peu apprendre autre, sinon que le bruict est

que le cardinal d’Altehens, natif d’Allemaigne, a esté empoizonné à Rome

et est décédé. Il estoit grand amy et famillier du pappe, lequel aiant oppinion

d’estre luy mesme empoizonné a prins de contrepoizon et est encores malade.

Il y a quelques cardinaulx prisonniers. L’on n’a auculne lettre de Rome

ains de Florence, qui faict que l’on ne tient la chose pour asseurée.

Ceulx qui se meslent de discourir sur l’advènement des choses allèguent

sur ce faict qui peult estre provenu, d’aultant que ledit cardinal persuadoit fort

au pape ne se parraliser pour aulcung prince chrestien et que sur ce propos,

l’ambassadeur d’Espaigne parlant au pape sur les troubles de Flandres

qu’il disoit estre occasion que Don Jehan d’Austria ne voloit partir de Messine

sans voir lèvement desdites affaires de Flandres, disant aussi ledit ambassadeur

que toute l’armée de la Ligue porroit rebrosser chemyn contre Prouvence, le

pape respondit qu’il ne délibéroit pas fournir plus argent qui est que ledit

d’Austria ne voloit rien exécuté pour la chrestienté et que pour sont regard, il

ne permettroit que l’armée de la Ligue feist guerre contre aulcun prince chrestien

ny ses deniers employez pour ce faict. Voilà ce que j’en ay peu apprendre

d’aulcune des nations de ceste ville. Le roy de Navarre arriva le IXe

de ce moys à Paris avec messieurs les princes et grand nombre de noblesse.

Il rentra dans la ville au milieu de Monsieur et de monsieur le duc,

estant habillé tout de noir et un chapperon derière l’espaule, comme nous

le portons au deuil. Ses gens estoient semblablement tous vestus de noir.

Lon faict icy bruict que le sieur Strozy estant entré dans La Rochelle

pour s’embarquer, n’en n’a voulu bouger, disant avoir charge attendre la volunté

du roy et est comme maistre de la ville. Toutesfois, on ne le tient pour certain

Consulter le XML intégral
<div id="lettre" index="86" class="add" name="admin" date="2019-07-14T21:34:27.684+02:00"><desc><tome>XVII</tome><folios><f>273 274</f></folios><expediteur>Grolier, Antoine, receveur général du Dauphiné</expediteur><destinataire>M. de Gordes</destinataire><date type="reponse" cat="reelle"/><date type="expedition" cat="reelle">1572-07-13</date><date type="expedition" cat="affiche">1572-07-13</date><date type="reception" cat="reelle"/><lieu type="expedition" gps="45° 45’ 35’’ N ; 4° 50’ 32’’ E">Lyon</lieu><lieu type="reception" gps="45° 11' 16'' N ; 5° 43' 37'' E">Grenoble</lieu><hyperlien/><bibliographie/><note/></desc><p id="1" n="1  " type="texte">          -&#xD;</p><p id="1" n="2  " type="titre">XVII-273 Grolier, Antoine, receveur général du Dauphiné à M. de Gordes, Lyon, 13 juillet 1572&#xD;</p><p id="1" n="3  " type="texte">Monseigneur, il vous plaira m’excuser si je ne feis promptement responce à la lettre que de vostre grâce m’escrivistes dernièrement du XXVe du passé, d’autant que lors ne se présentois chose digne de vous escripre, avec ce &#xD;</p><p id="1" n="4  " type="texte">que le messagier partist plus tost que je n’estimois. Or à présent, par ce que demain je m’en voye &#xD;</p><p id="1" n="5  " type="texte">faire ung tour pour visiter ma maison des champs afin de m’accheminer par après à Grenoble, &#xD;</p><p id="1" n="6  " type="texte">je n’ay voulu faillir vous faire part des nouvelles que nous avons eu ceste sepmaine dernière en ceste ville. &#xD;</p><p id="1" n="7  " type="texte">En premier lieu de Constantinoble, monsieur d’Acx, ambassadeur pour le roy, escrit &#xD;</p><p id="1" n="8  " type="texte">du XIIe de juing comme estant arrivé là, il a esté receu avec ung grandissime accueil et peu à peu &#xD;</p><p id="1" n="9  " type="texte">a remis l’ambassadeur de France en son antienne autorité, crédit et splendeur, et plus que jamais le Grand Seigneur&#xD;</p><p id="1" n="10  " type="texte">en faveur du roy a relâché librement et sans rançon Dom Gian Paulo Vagliony, collonel pour les Vénitiens&#xD;</p><p id="1" n="11  " type="texte">à Famagoste, en qui y avoit esté prins, pour la rançon duquel en avoit demandé aux Vénitiens troys &#xD;</p><p id="1" n="12  " type="texte">villes d’importance. Il a semblablement relaché pour les mêmes considérations trois grandz seigneurs &#xD;</p><p id="1" n="13  " type="texte">chevaliers de Rodes, qui estoient à la chesne et a permis audit seigneur d’Acx rachepter trente chevaliers de Malte,&#xD;</p><p id="1" n="14  " type="texte">qui semblablement estoient à la chesne, ce qu’il a faict de ses deniers, disant sur plus que son voiage&#xD;</p><p id="1" n="15  " type="texte">apportera plus d’utilité à la Chrestienté que n’a estimé le pape et ceulx de la Ligue car par ces nouvelles&#xD;</p><p id="1" n="16  " type="texte">choses pourront estre modérées. Quant aux armées du Turcq, ledit seigneur d’Acx escrit comme depuis quelque&#xD;</p><p id="1" n="17  " type="texte">temps après la victoire des Chrétiens en Morée, de cinq mois, ledit Turcq a faict faire cent gallères &#xD;</p><p id="1" n="18  " type="texte">et cent galléaces qui sont en très bon ordre, bien équippées et munyes de tout, avec lesquelles il délibère&#xD;</p><p id="1" n="19  " type="texte">se deffendre ceste année s’il est assailly, en intention d’en faire faire ceste année encores quatre &#xD;</p><p id="1" n="20  " type="texte">cent qu’il s’asseure seront prestes et équippées pour le commencement du printemps prochain, pour assaillir&#xD;</p><p id="1" n="21  " type="texte">ses ennemys de tous coustez, se contentant pour le présent de temporiser, quelque despence qu’il ayt &#xD;</p><p id="1" n="22  " type="texte">sceust faire jusque icy. Il n’a encores aulcunement touché en ses trésors. Il faict venir de Caramange &#xD;</p><p id="1" n="23  " type="texte">cinquante mil hommes, de plus furieux et bravres qu’on ayt jamais veu, lesquelz encores&#xD;</p><p id="1" n="24  " type="texte">qu’à présent ilz puissent estre partis de leur lieu, ne pourront toutesfois arriver en Constantinoble&#xD;</p><p id="1" n="25  " type="texte">avant ledit printemps, concluant ledit seigneur d’Acx que si l’armée de la Ligue n’exécute quelque chose &#xD;</p><p id="1" n="26  " type="texte">cest année, qu’elle ne prenne villes ou defface l’armée du Turcq, que l’année prochaine ilz ne &#xD;</p><p id="1" n="27  " type="texte">pourront résister à si grandz fraiz, ains au contraire, seront empesché de se garder.&#xD;</p><p id="1" n="28  " type="texte"> De Rome du VIIe passé, ung nepveu de monsieur de Malras escrit comme les Italiens&#xD;</p><p id="1" n="29  " type="texte">et Espaignolz croient fermement la guerre ouverte entre les roys de France et d’Espaigne,&#xD;</p><p id="1" n="30  " type="texte">car quelque raisons que l’on leur scaiche alléguer, ilz tiennent le roy pour autheur et faulteur&#xD;</p><p id="1" n="31  " type="texte">des rebellions de Flandres, disans que jamais les Gueuz dudit païs n’eussent osé entreprendre&#xD;</p><p id="1" n="32  " type="texte">à se soulever sans la faveur et l’autorité du roy. Le pape et les cardinaulx sont en ceste&#xD;</p><p id="1" n="33  " type="texte">opinion, encores que sa majesté, par homme exprès, luy ay faict entendre que l’on se peut asseurer&#xD;</p><p id="1" n="34  " type="texte">qu’il ne commencera jamais guerre s’il n’y est contrainct et forcé et qu’il n’a jamais entendu ny&#xD;</p><p id="1" n="35  " type="texte">consenty aux troubles de Flandres et que l’occasion qui l’a faict armer en son royaulme&#xD;</p><p id="1" n="36  " type="texte">[v°] n’a esté à autre que pour se garder s’il estoit assailly, voiant tout ses voisins armer au tour de luy&#xD;</p><p id="1" n="37  " type="texte">et qu’il n’est tenu ny obligé de rendre compte à personne de ses desseings ny voluntez. Brief,&#xD;</p><p id="1" n="38  " type="texte">ledit seigneur de Malras escrit qu’il crainct que les choses ne s’aigrissent et qu’au lieu de&#xD;</p><p id="1" n="39  " type="texte">revenir avec bénédiction, les François ne s’en retournent avec grandes malédictions. Dieu porvoira&#xD;</p><p id="1" n="40  " type="texte">à tout. Le Turcq a envoié à Rome ung ambassadeur pour visiter le filz du Bassa son nepveu&#xD;</p><p id="1" n="41  " type="texte">et pour traicter de sa délivrance. Je vous envoie coppie des parolles qu’il a leues&#xD;</p><p id="1" n="42  " type="texte">audit nepveu, luy faisant la reverance en le visitant. L’on ne scaye encores ce qu’il en&#xD;</p><p id="1" n="43  " type="texte">reuscira.&#xD;</p><p id="1" n="44  " type="texte">  De Venise, par lettre du dernier passé, l’on escrit comme monsieur le marquis de Meyne&#xD;</p><p id="1" n="45  " type="texte">s’estoit embarqué contre le vouloir de l’ambassadeur de sa majesté qui feist plusieurs &#xD;</p><p id="1" n="46  " type="texte">protestations et sommations de ne passer oultre et comme particulièrement il a faict à tous&#xD;</p><p id="1" n="47  " type="texte">les François. Mesme mon frère m’escrit que l’estoit allé saluer, suivant la charge que je luy en&#xD;</p><p id="1" n="48  " type="texte">avoys donné, ledit sieur ambassadeur luy offrit tout plaisir et faveur pourveu qu’il ne passast&#xD;</p><p id="1" n="49  " type="texte">oultre, l’asseurant qu’il advertiroit le roy du nom de tous ceulx qui accompaigneroient&#xD;</p><p id="1" n="50  " type="texte">ledit seigneur marquis. L’armée des Vénitiens est à Corfou attendant Don Jehan d’Austria&#xD;</p><p id="1" n="51  " type="texte">qui est à Messine d’où il ne veult bouger jusques à ce qu’il entende quel ply prendront&#xD;</p><p id="1" n="52  " type="texte">les affaires de Flandres, de quoy les Vénitiens se faschent merveilleusement et despute l’on&#xD;</p><p id="1" n="53  " type="texte">contre les Françoys comme aultheur de ce mal. Ladite armée des Vénitiens avoit assaillye&#xD;</p><p id="1" n="54  " type="texte">une ville maritime nommée Castelnovo, mais ilz ont esté contrainctz de se retirer sans y&#xD;</p><p id="1" n="55  " type="texte">faire long séjour à cause que la ville est forte, bien munye et fut secouru de XIIcs L&#xD;</p><p id="1" n="56  " type="texte">chevaulx turcqs qui n’estoient esloignez du lieu. Ilz tiennent pour certain que l’armée&#xD;</p><p id="1" n="57  " type="texte">de la Ligue ne fera pas grand chose ceste année si les affaires succèdent mal en Flandres.&#xD;</p><p id="1" n="58  " type="texte">Une partie viendra assaillir la coste de première, l’autre servira en Flandres.&#xD;</p><p id="1" n="59  " type="texte">D’Anvers, par lettres du XXVIIIe du passé, le duc de Medinacely estoit arrivé à bon port&#xD;</p><p id="1" n="60  " type="texte">avec environ six mil hommes et s’en alloit joindre au duc d’Albe, qui estoit devant Mons,&#xD;</p><p id="1" n="61  " type="texte">estant délibéré de commencer à battre la ville le XIe du présent avec toutes ses&#xD;</p><p id="1" n="62  " type="texte">forces qui ne sont petites. Les huguenotz avoient semé un bruict qui a continué quatre ou cinq&#xD;</p><p id="1" n="63  " type="texte">jours comme ledit duc de Medinacely avoit esté deffaict et s’estoit saulvé sur quarante lieus&#xD;</p><p id="1" n="64  " type="texte">dans Bruxelles et que le duc d’Albe s’estoit retiré dans la citadelle d’Anvers.&#xD;</p><p id="1" n="65  " type="texte">Mais cella a esté trouvé faulx. Les huguenotz de Flessins ont mis les Anglois&#xD;</p><p id="1" n="66  " type="texte">avec le reste, lesquelz à présent s’en veullent faire maistres. Ilz ont puis ung moys prins&#xD;</p><p id="1" n="67  " type="texte">quelques navires apartenans à des Portugais chargés de marchandises pour plus &#xD;</p><p id="1" n="68  " type="texte">de douze cens mil livres , de sorte que cella causera de banques routes.&#xD;</p><p id="1" n="69  " type="texte">[f° 274] De Paris, du VII et VIIIe du present : le roy a de nouveau mandé à monsieur de Longueville &#xD;</p><p id="1" n="70  " type="texte">d’assembler forces telles qu’il porra en tailler en pieces tous ceulx qui iront à la guerre &#xD;</p><p id="1" n="71  " type="texte">de Flandres ; et toutesfois, il se trouve qu’ilz sont desja plus de VI c[ens] hommes huguenotz &#xD;</p><p id="1" n="72  " type="texte">sur les frontières, lesquelz ne s’osent hazarder d’entrer dans le pays de Flandres, &#xD;</p><p id="1" n="73  " type="texte">à cause que le duc d’Albe est fort de cavallerie ; avec ce, quilz attendent à quoy reusciront &#xD;</p><p id="1" n="74  " type="texte">les poursuictes et courvées continuelles que faict l’admiral à sa majesté de secourir ceulx de Mons &#xD;</p><p id="1" n="75  " type="texte">et mectre armée sur luy, promectant merveilles. A quoy toutesfois, le roy dit ne vouloir &#xD;</p><p id="1" n="76  " type="texte">entendre et veult maintenir la paix. L’ambassadeur du pape et celluy d’Espaigne &#xD;</p><p id="1" n="77  " type="texte">poursuivent destre ouys pour scavoir la volunté et resolution de sa majesté touchant lesdites &#xD;</p><p id="1" n="78  " type="texte">affaires de Flandres. Mais, ilz nont peu encores avoir audiance, estant renvoyé du roy &#xD;</p><p id="1" n="79  " type="texte">à la royne mère et d’elle au roy, qui faict mal presumer et donne soupçon de beaucoup &#xD;</p><p id="1" n="80  " type="texte">de malheur. Le roy et la royne mère faignans daller à la forestz de Lyons &#xD;</p><p id="1" n="81  " type="texte">à la chasse, sont allez avec six vingtz chevaulx seulement en Normandie et jusques &#xD;</p><p id="1" n="82  " type="texte">à Dieppe. Lon ne scait pourquoy beaucoup de personne le trouvent estrange de se &#xD;</p><p id="1" n="83  " type="texte">mectre ainsi en dangier. Tout le pays de Poitou est plain de soldatz et gens darmes, &#xD;</p><p id="1" n="84  " type="texte">lesquelz font mille maulx et vivent à discretion et ruynent le peuple. Le sieur Strozy &#xD;</p><p id="1" n="85  " type="texte">n’est encores embarqué et est attendant au Bourdellays. Lon tient que son voiage est rompu.&#xD;</p><p id="1" n="86  " type="texte">Le roy de Navarre est à Vendosme pour assister à l’enterrement de sa mère, que l’on &#xD;</p><p id="1" n="87  " type="texte">porte en grand pompe dans ung chariot tiré à six chevaulx, couvert de vellours noir, &#xD;</p><p id="1" n="88  " type="texte">et le chariot de mesmes avec une barre blanche. Il y avoit XXX ou XL chevaulx &#xD;</p><p id="1" n="89  " type="texte">couvers de mesmes et tous les serviteurs avec des restres noirs. Le mariage dudit roy &#xD;</p><p id="1" n="90  " type="texte">de Navarre avec madame se cellebrera le XXV de ce moys. L’on ne scait s’il se fera grand &#xD;</p><p id="1" n="91  " type="texte">pompe ; et toutesfois, l’on vuide le palaix de Paris pour y faire les nopces. Voyla tout ce &#xD;</p><p id="1" n="92  " type="texte">que j’ay peu apprendre pour le présent. S’il y a quelque chose qui ne se trouve veritable, &#xD;</p><p id="1" n="93  " type="texte">je n’en suis lautheur. S’il survient quelque autre chose par cy-après qui merite l’escrire, &#xD;</p><p id="1" n="94  " type="texte">je ne feray faulte vous en advertir, ou bien seray le porteur moy-mesme pour vous faire &#xD;</p><p id="1" n="95  " type="texte">très humble service, et d’aussi bonne volunté, comme je prie Dieu, &#xD;</p><p id="1" n="96  " type="texte">Monseigneur, en santé vous donner heureuse et longue vie. De Lyon, ce XIIIe juillet 1572. &#xD;</p><p id="1" n="97  " type="texte">Vostre très humble et obeissant serviteur.&#xD;</p><p id="1" n="98  " type="texte">[v] Monseigneur, pour avoir trouvé homme qui s’en allast de par della pour porter la présente,&#xD;</p><p id="1" n="99  " type="texte">j’ay icelle retenu jusques à présent et ce pendant me suis enquis s’il y avoit quelque&#xD;</p><p id="1" n="100  " type="texte">chose de nouveau, sur quoy ie n’ay peu apprendre autre, sinon que le bruict est&#xD;</p><p id="1" n="101  " type="texte">que le cardinal d’Altehens, natif d’Allemaigne, a esté empoizonné à Rome&#xD;</p><p id="1" n="102  " type="texte">et est décédé. Il estoit grand amy et famillier du pappe, lequel aiant oppinion&#xD;</p><p id="1" n="103  " type="texte">d’estre luy mesme empoizonné a prins de contrepoizon et est encores malade.&#xD;</p><p id="1" n="104  " type="texte">Il y a quelques cardinaulx prisonniers. L’on n’a auculne lettre de Rome&#xD;</p><p id="1" n="105  " type="texte">ains de Florence, qui faict que l’on ne tient la chose pour asseurée.&#xD;</p><p id="1" n="106  " type="texte">Ceulx qui se meslent de discourir sur l’advènement des choses allèguent&#xD;</p><p id="1" n="107  " type="texte">sur ce faict qui peult estre provenu, d’aultant que ledit cardinal persuadoit fort&#xD;</p><p id="1" n="108  " type="texte">au  pape ne se parraliser pour aulcung prince chrestien et que sur ce propos,&#xD;</p><p id="1" n="109  " type="texte">l’ambassadeur d’Espaigne parlant au pape sur les troubles de Flandres&#xD;</p><p id="1" n="110  " type="texte">qu’il disoit estre occasion que Don Jehan d’Austria ne voloit partir de Messine&#xD;</p><p id="1" n="111  " type="texte">sans voir lèvement desdites affaires de Flandres, disant aussi ledit ambassadeur&#xD;</p><p id="1" n="112  " type="texte">que toute l’armée de la Ligue porroit rebrosser chemyn contre Prouvence, le &#xD;</p><p id="1" n="113  " type="texte">pape respondit qu’il ne délibéroit pas fournir plus argent qui est que ledit&#xD;</p><p id="1" n="114  " type="texte">d’Austria ne voloit rien exécuté pour la chrestienté et que pour sont regard, il &#xD;</p><p id="1" n="115  " type="texte">ne permettroit que l’armée de la Ligue feist guerre contre aulcun prince chrestien&#xD;</p><p id="1" n="116  " type="texte">ny ses deniers employez pour ce faict. Voilà ce que j’en ay peu apprendre&#xD;</p><p id="1" n="117  " type="texte">d’aulcune des nations de ceste ville. Le roy de Navarre arriva le IXe&#xD;</p><p id="1" n="118  " type="texte">de ce moys à Paris avec messieurs les princes et grand nombre de noblesse.&#xD;</p><p id="1" n="119  " type="texte">Il rentra dans la ville au milieu de Monsieur et de monsieur le duc,&#xD;</p><p id="1" n="120  " type="texte">estant habillé tout de noir et un chapperon derière l’espaule, comme nous&#xD;</p><p id="1" n="121  " type="texte">le portons au deuil. Ses gens estoient semblablement tous vestus de noir.&#xD;</p><p id="1" n="122  " type="texte">Lon faict icy bruict que le sieur Strozy estant entré dans La Rochelle&#xD;</p><p id="1" n="123  " type="texte">pour s’embarquer, n’en n’a voulu bouger, disant avoir charge attendre la volunté&#xD;</p><p id="1" n="124  " type="texte">du roy et est comme maistre de la ville. Toutesfois, on ne le tient pour certain           &#xD;</p><p id="1" n="125  " type="texte"> &#xD;</p><p id="1" n="126  " type="texte"/></div>

Fac-similé

4 vue(s) identifiée(s) dans le catalogue du corpus.

La visionneuse se charge à l’approche de cette section.

JPEG original — vue 1 · JPEG original — vue 2 · JPEG original — vue 3 · JPEG original — vue 4

Lieux de la lettre

Repérage selon les coordonnées du corpus, sans géocodage externe. Fond géographique contemporain indicatif, Natural Earth.