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XXII-49 Bellièvre, Jean de, seigneur d’Hautefort, troisième président au parlement du Dauphiné, à M. de Gordes, Soleure, 30 janvier 1574. Reçue à Valence, le 13 février 1574. Répondu le 18 février 1574
Monseigneur, je receu hier votre lettre du XVIIe, responsive à la mienne du Ve. Vous
devrés avoir depuis receu deux ou troys des miennes, lesquelles me garderont de vous
faire du tout si longue responce. La verité est bien telle que vous dictes que j’ay
trouvé à mon retour de la court beaucoup d’affères, desquels je ne suys encor
dehors, toutesfoys, il fauldroit quils fussent bien grands s’ils me gardoyent
de m’aacquitter au moins en partie, de mon devoir en votre endroit. Je ne vous
diray rien davantaige du seigneur de Sainct-Romain, sinon qu’ayant tenu le
propos dont mescrivés au neveu de monsieur le premier president, il na rien
faict en cela, sinon pro caetera sua sapientia. De ma part, j’ayme mieux estre
comprins au nombre des presidens et conseilliers quil menace que s’il m’en
avoit excepté. Je doibs avoir icy à ceste chandeleur les colonels et
capitaines des bandes suisses, avec lesquels je m’informeray plus amplement
comme le faict de votre maison de Sainct-Saphorin passa, affin den prendre
quelque resolution. J’ay depuys aprins quil est bien vray que le conte de
Gaiasse estoit audit Sainct-Saphorin lhors que le desordre y adveint, et a
dict [barré : a dict] au colonel Heidt comme sur la plaincte que luy en fust
faicte, il y manda pour n’y ouser aller luy mesme, de peur destre offensé,
dautant que cestoit au quartier du regiment des Landres, cest-à-dire
des cinq cantons, avec lesquels il estoit mal. Surquoy, ledit colonel Heidt
m’a asseuré que certainement il estoyt si mal avec ceux desdits Landres
pour ses mauvais deportemens quil avoit belle peur destre battu ; et de fait
quil sen alla sans dire adieu n’y à lun, n’y à laultre regiment, ne seulement en
escrire aux colonel et cappitaines desdits Landres, dont ils sont tellement
depittés contre luy que si nous venions à avoir besoing d’une levée, ils
sont deliberés de reserver quils ne seront jamais plus commandés ne
conduictz par Italiens ; quant à ce que je vous ayescrit que j’auroys
grand envye de vous aller veoir ; certainement elle me croist tousiours
davantaige encor que j’y veoye tous les jours moins de moyens ; si nen
veux-je pourtant encor rompre du tout le dessaing, mesmes si je vous veoyes
[v] en paix de laquelle je diminue tous les jours lesperance et fault que je
vous dye que ce qui est advenu à La Rochelle a esté le plus mal à propos du
monde ; car encor que le roy le desadvoue et declaire estre bien ayse de ce
que ceux de ladite Rochelle ayent fait punition des autheurs, je veoy bien
deçà quil y aura bien affère que les huguenots ne les princes et peuples
protestans sen veuillent rendre capables ; il eust esté bon que tels
entrepreneurs se fussent repousés interdum etiam nimio studio valde
peccaturo ; cela m’a fort interrumpu tous mes dessaings dont je me reserve
vous escrire cy après plus specialement ; quant à ce que les huguenotz
se vantoyeny d’avoir des reistres, je cuyde vous pouvoir asseurer que ilz
disent en cela plus quilz ne pensent ou quilz se flattent et que jusques
icy, il n’y en a poinct dapparance, sinon que ledit faict de La Rochelle
apporta quelque changement es voluntes desdits protestans et vous
pouvés penser si par le moyen du commerce que nous avons aujourdhuy
en Allemaigne à cause du passaige de Pologne. Sa majesté peut estre
advertye de tout ce que y passe. Neantmoins, si de ma part jen puys
entendre quelque chose, je ne feray faulte de vous donner incontinant
advis. Lon avoyt quelque doubte que si le grand commandeur successeur du
duc d’Alve eust peu accorder avec le prince d’Aurenge, on eust peu faire verser
celle charge sur nous et appellent cela nous renvoyer la paume. Toutesfoys
j’ay veu quelques nouvelles par lesquelles il semble quils ne soyent si
prets d’accorder pour avoir esté descouvert que soubs pretexte de ce traicte,
ledit commandeur a voulu seduyre les capitaines dudit prince. Vous verrés le
traslat d’une lettre que le conte Palatin a escritte aux seigneurs de Basle
et pareillement aux seigneurs de Berne, de tous lesquels deux lieux.
J’ay recouvré l’aleman et mande au roy. Mais je vous supplie, monseigneur
pour certains respectz que cela ne soyt communiqué. Par là, on peut comprendre
que cest que les princes ont en la teste. En somme nous en sommes tous
[f. 50] lougés là que chacun pense qu’avec la religion va lestat, [, et son particulier]. Jay les mesmes nouvelles
que vous avés du passaige du roy de Pologne comme je vous ay aussi escrit
par mes precedentes. Le duc d’Alve doit estre deshormais en Italie. Il est de si
longue main et si naturellement ennemy du nom françoys, que si Don Joan avoit
quelque mauvais dessaing sur nous, il ne tireroyt pas à gauche et quant il
sera auprès de son maistre, il ne fauldra de lenflammer contre nous, quant
ce ne seroyt que pour cuyder s’excuser de ce quil n’a pas faict es Pays-Bas
tout ce quil vouloit en reiectant la coulpe sur nous ; et là-dessus, il fault
que je die quant je pense au peu dordre quil y avoit en Provence dernierement
que j’y estoys, tant pour le regard des places fortes que des galères, je ne
puys sinon craindre que comme lon dict la commodita non faccia lhuomo
ladro, attendu mesme d’un cousté la force que l’Espagnol se trouve avoir
aujourdhuy sur la mer, et de laultre les plainctes quil faict ouvertement
de nous. Je laisse les troubles que sont en ce quartier là le mauvais
mesnage, auquel sont les gouverneurs, entre lesquels je ne puys sinon plaindre
ce bon personnage contre lequel on a suscité le peuple qui naguères alloit presque
en procession à Notre Dame de La Garde pour prier Dieu pour sa santé et me
semble que son extrème vieillesse devoit faire prendre un peu de patience à ceux
qui entreprennent sur luy. Mais je croy vous en avoir escrit assés amplement
de Langres si d’adventure ledit Don Joan avoyt quelque dessaing, je vous
promects que je seroys sur tout en peine d’Avignon pour l’importance d’une
telle ville. Il est bien raisonable que ayant sa majesté prins la protection
du Contat, il soyt defendu pour le moins avec autant de soing que ses propres
pays et me souviens bien quil fust ainsi resoulu lhors que jestoys à la
court et s’il n’a esté faict, ce a esté très mal à propos, comme aussi je
trouve que ce a esté , [ajouté : , mal à propos] d’y laisser ainsi passer des forces estrangères
d’Italie, car tout cela nous pourroyt brouiller et empescher notre accord
si aucun a à se faire de tout cela on peut descouvrir beaucoup de mauvaises
intelligences. Dieu par sa grace y veuille pourvoir. Quant au seigneur qui estoit
[v] venu à Grenoble pour son procès, vous scavés comme son humeur est cogneue par
vos voysins. J’ay un très grand desyr de veoir monsieur d’Evènes bien accompagné
à son souhait. On ma dict tous les biens du monde de la damoyselle et ne suys
que marry quil ne l’aye peu veoyr, car j’ay opinion que cela leust peu
accorager. Monsieur de Langes y fera ce quil pourra de bone foy asseurés [mais]
monseigneur, quil vous est entierement serviteur et de tout le cœur. Quant
à laultre mesdisant, je cuyde que le sieur de Galifet vous aura rapporté ce que
mon frère luy en dict et ce que jen avoys dailleurs aprins de sorte (quil a]
beau sexcuser , mais il fault bien que telles langues ayent la mensonge [toute]
preste pour se dedire le pllus souvent, aultrement ilz ne pourroyent dire
quilz ne fussent accablés par quelquun de ceux quilz offensent à toutes
heurtes et à toutes heures.
Monseigneur, j’ay reservé à la fin comme vous à me condoloir du decès de madame
votre mère, non pas pour son regard, s’en estant allée hors de ce monde plaine
dans, d’heur et d’honneur aultant ce me semble que dame que j’aye jamais cogneue
et y ayant si bien et si sainctement vescu que nous ne pouvons doubter quelle ne soyt
là où nous devons tous desyrer d’estre. Mais je plains l’ennuy que vous,
monseigneur et tous messieurs vos frères en receuvrés n’ayant jamais veu enfans
porter plus d’honneur et de reverance à leur père ou mère que vous faisiés
très tous à celle bone dame, n’y mère qui porta sem[bla]blement plus de charité [que]
à vous ; et veux croire comme aussi il est conforme aux promesses de Dieu
que de ceste pieté est en partie procedé le bon heur de votre maison lequel
je nestime pas petit encor que vous ayés mené jusques icy une vie assés [travaillée]
encor qu’une bone partie desdits sieurs vos frères soyent morts assés jeunes, encor que
les vertus et merites de tant que vous estes n’ayent encor esté si bien recogneues
comme il appartenoit ; mais je repute ledit bon heur en , [, ce] que vous avés esté et estes
tous reputés de singulière prudhomie de pareille sagesse et valeur sans quil
y aye jamais eu que tout honneur en toute votre maison et tous ceux qui sont
morts, estans tous morts en si bons lieux et si vaillamment que leurs vies ne si
pourroyent jamais estimer avoir esté courtes. Pour votre particulier, il m’a
tousiours semblé que Dieu vous a faict entre aultres deux graces fort speciales :
l’une est de vous avoir baillé une lignée aussi belle et d’aussi bone esperance
que vous l’heussiés sceu souhaitter ; laultre que je ne vous ay jamais veu [advenir]
ne traverse, ne travail qui ne vous soyt reusés à honneur, dont vous avés
[f. 51] davantaige d’occasion de louer Dieu et vous consoler des afflictions, desquelles
il luy plaict vous visiter quelque foys. Quant au dernier poinct de votre lettre,
puys que vous vous reservés à vous en resouldre après que Dieu nous aura
doné quelque paix. Cela me donera encor plus denvye de vous aller
veoir en ce cas là. Cependant, je me recommande très humblement
à votre bone grace, en priant Notre Seigneur quil vous done,
monseigneur, en parfaicte santé très longue et très heureuse vie.
De Soleurre, le XXXe jour de janvier 1574.
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<div id="lettre" index="1349" class="add" name="admin" date="2024-07-31T10:54:38.544+02:00"><desc><tome>XXII</tome><folios><f>49 50 51</f></folios><expediteur>Bellièvre, Jean de, seigneur d’Hautefort, troisième président au parlement du Dauphiné</expediteur><destinataire>M. de Gordes</destinataire><date type="reponse" cat="reelle"/><date type="expedition" cat="reelle">1574-01-30</date><date type="expedition" cat="affiche">1574-01-30</date><date type="reception" cat="reelle">1574-02-13</date><lieu type="expedition" gps="47° 13′ 30" N ; 7° 32′ 15" E">Soleure</lieu><lieu type="reception" gps="44° 93’ 33’’ N ; 4° 89’ 21’’ E">Valence</lieu><hyperlien/><bibliographie/><note/></desc><p id="1" n="1 " type="texte"> -
</p><p id="1" n="2 " type="titre">XXII-49 Bellièvre, Jean de, seigneur d’Hautefort, troisième président au parlement du Dauphiné, à M. de Gordes, Soleure, 30 janvier 1574. Reçue à Valence, le 13 février 1574. Répondu le 18 février 1574 
</p><p id="1" n="3 " type="texte">Monseigneur, je receu hier votre lettre du XVIIe, responsive à la mienne du Ve. Vous
</p><p id="1" n="4 " type="texte">devrés avoir depuis receu deux ou troys des miennes, lesquelles me garderont de vous
</p><p id="1" n="5 " type="texte">faire du tout si longue responce. La verité est bien telle que vous dictes que j’ay
</p><p id="1" n="6 " type="texte">trouvé à mon retour de la court beaucoup d’affères, desquels je ne suys encor
</p><p id="1" n="7 " type="texte">dehors, toutesfoys, il fauldroit quils fussent bien grands s’ils me gardoyent
</p><p id="1" n="8 " type="texte">de m’aacquitter au moins en partie, de mon devoir en votre endroit. Je ne vous
</p><p id="1" n="9 " type="texte">diray rien davantaige du seigneur de Sainct-Romain, sinon qu’ayant tenu le
</p><p id="1" n="10 " type="texte">propos dont mescrivés au neveu de monsieur le premier president, il na rien
</p><p id="1" n="11 " type="texte">faict en cela, sinon pro caetera sua sapientia. De ma part, j’ayme mieux estre
</p><p id="1" n="12 " type="texte">comprins au nombre des presidens et conseilliers quil menace que s’il m’en
</p><p id="1" n="13 " type="texte">avoit excepté. Je doibs avoir icy à ceste chandeleur les colonels et
</p><p id="1" n="14 " type="texte">capitaines des bandes suisses, avec lesquels je m’informeray plus amplement
</p><p id="1" n="15 " type="texte">comme le faict de votre maison de Sainct-Saphorin passa, affin den prendre
</p><p id="1" n="16 " type="texte">quelque resolution. J’ay depuys aprins quil est bien vray que le conte de
</p><p id="1" n="17 " type="texte">Gaiasse estoit audit Sainct-Saphorin lhors que le desordre y adveint, et a
</p><p id="1" n="18 " type="texte">dict [barré : a dict] au colonel Heidt comme sur la plaincte que luy en fust
</p><p id="1" n="19 " type="texte">faicte, il y manda pour n’y ouser aller luy mesme, de peur destre offensé,
</p><p id="1" n="20 " type="texte">dautant que cestoit au quartier du regiment des Landres, cest-à-dire
</p><p id="1" n="21 " type="texte">des cinq cantons, avec lesquels il estoit mal. Surquoy, ledit colonel Heidt
</p><p id="1" n="22 " type="texte">m’a asseuré que certainement il estoyt si mal avec ceux desdits Landres
</p><p id="1" n="23 " type="texte">pour ses mauvais deportemens quil avoit belle peur destre battu ; et de fait
</p><p id="1" n="24 " type="texte">quil sen alla sans dire adieu n’y à lun, n’y à laultre regiment, ne seulement en
</p><p id="1" n="25 " type="texte">escrire aux colonel et cappitaines desdits Landres, dont ils sont tellement
</p><p id="1" n="26 " type="texte">depittés contre luy que si nous venions à avoir besoing d’une levée, ils
</p><p id="1" n="27 " type="texte">sont deliberés de reserver quils ne seront jamais plus commandés ne
</p><p id="1" n="28 " type="texte">conduictz par Italiens ; quant à ce que je vous ayescrit que j’auroys
</p><p id="1" n="29 " type="texte">grand envye de vous aller veoir ; certainement elle me croist tousiours
</p><p id="1" n="30 " type="texte">davantaige encor que j’y veoye tous les jours moins de moyens ; si nen
</p><p id="1" n="31 " type="texte">veux-je pourtant encor rompre du tout le dessaing, mesmes si je vous veoyes
</p><p id="1" n="32 " type="texte">[v] en paix de laquelle je diminue tous les jours lesperance et fault que je
</p><p id="1" n="33 " type="texte">vous dye que ce qui est advenu à La Rochelle a esté le plus mal à propos du
</p><p id="1" n="34 " type="texte">monde ; car encor que le roy le desadvoue et declaire estre bien ayse de ce
</p><p id="1" n="35 " type="texte">que ceux de ladite Rochelle ayent fait punition des autheurs, je veoy bien
</p><p id="1" n="36 " type="texte">deçà quil y aura bien affère que les huguenots ne les princes et peuples
</p><p id="1" n="37 " type="texte">protestans sen veuillent rendre capables ; il eust esté bon que tels
</p><p id="1" n="38 " type="texte">entrepreneurs se fussent repousés interdum etiam nimio studio valde
</p><p id="1" n="39 " type="texte">peccaturo ; cela m’a fort interrumpu tous mes dessaings dont je me reserve
</p><p id="1" n="40 " type="texte">vous escrire cy après plus specialement ; quant à ce que les huguenotz
</p><p id="1" n="41 " type="texte">se vantoyeny d’avoir des reistres, je cuyde vous pouvoir asseurer que ilz
</p><p id="1" n="42 " type="texte">disent en cela plus quilz ne pensent ou quilz se flattent et que jusques
</p><p id="1" n="43 " type="texte">icy, il n’y en a poinct dapparance, sinon que ledit faict de La Rochelle
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</p><p id="1" n="45 " type="texte">pouvés penser si par le moyen du commerce que nous avons aujourdhuy
</p><p id="1" n="46 " type="texte">en Allemaigne à cause du passaige de Pologne. Sa majesté peut estre
</p><p id="1" n="47 " type="texte">advertye de tout ce que y passe. Neantmoins, si de ma part jen puys
</p><p id="1" n="48 " type="texte">entendre quelque chose, je ne feray faulte de vous donner incontinant
</p><p id="1" n="49 " type="texte">advis. Lon avoyt quelque doubte que si le grand commandeur successeur du
</p><p id="1" n="50 " type="texte">duc d’Alve eust peu accorder avec le prince d’Aurenge, on eust peu faire verser
</p><p id="1" n="51 " type="texte">celle charge sur nous et appellent cela nous renvoyer la paume. Toutesfoys
</p><p id="1" n="52 " type="texte">j’ay veu quelques nouvelles par lesquelles il semble quils ne soyent si
</p><p id="1" n="53 " type="texte">prets d’accorder pour avoir esté descouvert que soubs pretexte de ce traicte,
</p><p id="1" n="54 " type="texte">ledit commandeur a voulu seduyre les capitaines dudit prince. Vous verrés le
</p><p id="1" n="55 " type="texte">traslat d’une lettre que le conte Palatin a escritte aux seigneurs de Basle
</p><p id="1" n="56 " type="texte">et pareillement aux seigneurs de Berne, de tous lesquels deux lieux.
</p><p id="1" n="57 " type="texte">J’ay recouvré l’aleman et mande au roy. Mais je vous supplie, monseigneur
</p><p id="1" n="58 " type="texte">pour certains respectz que cela ne soyt communiqué. Par là, on peut comprendre
</p><p id="1" n="59 " type="texte">que cest que les princes ont en la teste. En somme nous en sommes tous
</p><p id="1" n="60 " type="texte">[f. 50] lougés là que chacun pense qu’avec la religion va lestat, [, et son particulier]. Jay les mesmes nouvelles
</p><p id="1" n="61 " type="texte">que vous avés du passaige du roy de Pologne comme je vous ay aussi escrit
</p><p id="1" n="62 " type="texte">par mes precedentes. Le duc d’Alve doit estre deshormais en Italie. Il est de si
</p><p id="1" n="63 " type="texte">longue main et si naturellement ennemy du nom françoys, que si Don Joan avoit
</p><p id="1" n="64 " type="texte">quelque mauvais dessaing sur nous, il ne tireroyt pas à gauche et quant il
</p><p id="1" n="65 " type="texte">sera auprès de son maistre, il ne fauldra de lenflammer contre nous, quant 
</p><p id="1" n="66 " type="texte">ce ne seroyt que pour cuyder s’excuser de ce quil n’a pas faict es Pays-Bas
</p><p id="1" n="67 " type="texte">tout ce quil vouloit en reiectant la coulpe sur nous ; et là-dessus, il fault
</p><p id="1" n="68 " type="texte">que je die quant je pense au peu dordre quil y avoit en Provence dernierement
</p><p id="1" n="69 " type="texte">que j’y estoys, tant pour le regard des places fortes que des galères, je ne
</p><p id="1" n="70 " type="texte">puys sinon craindre que comme lon dict la commodita non faccia lhuomo
</p><p id="1" n="71 " type="texte">ladro, attendu mesme d’un cousté la force que l’Espagnol se trouve avoir
</p><p id="1" n="72 " type="texte">aujourdhuy sur la mer, et de laultre les plainctes quil faict ouvertement
</p><p id="1" n="73 " type="texte">de nous. Je laisse les troubles que sont en ce quartier là le mauvais
</p><p id="1" n="74 " type="texte">mesnage, auquel sont les gouverneurs, entre lesquels je ne puys sinon plaindre
</p><p id="1" n="75 " type="texte">ce bon personnage contre lequel on a suscité le peuple qui naguères alloit presque
</p><p id="1" n="76 " type="texte">en procession à Notre Dame de La Garde pour prier Dieu pour sa santé et me
</p><p id="1" n="77 " type="texte">semble que son extrème vieillesse devoit faire prendre un peu de patience à ceux
</p><p id="1" n="78 " type="texte">qui entreprennent sur luy. Mais je croy vous en avoir escrit assés amplement
</p><p id="1" n="79 " type="texte">de Langres si d’adventure ledit Don Joan avoyt quelque dessaing, je vous
</p><p id="1" n="80 " type="texte">promects que je seroys sur tout en peine d’Avignon pour l’importance d’une
</p><p id="1" n="81 " type="texte">telle ville. Il est bien raisonable que ayant sa majesté prins la protection
</p><p id="1" n="82 " type="texte">du Contat, il soyt defendu pour le moins avec autant de soing que ses propres
</p><p id="1" n="83 " type="texte">pays et me souviens bien quil fust ainsi resoulu lhors que jestoys à la
</p><p id="1" n="84 " type="texte">court et s’il n’a esté faict, ce a esté très mal à propos, comme aussi je
</p><p id="1" n="85 " type="texte">trouve que ce a esté , [ajouté : , mal à propos] d’y laisser ainsi passer des forces estrangères
</p><p id="1" n="86 " type="texte">d’Italie, car tout cela nous pourroyt brouiller et empescher notre accord
</p><p id="1" n="87 " type="texte">si aucun a à se faire de tout cela on peut descouvrir beaucoup de mauvaises
</p><p id="1" n="88 " type="texte">intelligences. Dieu par sa grace y veuille pourvoir. Quant au seigneur qui estoit
</p><p id="1" n="89 " type="texte">[v] venu à Grenoble pour son procès, vous scavés comme son humeur est cogneue par
</p><p id="1" n="90 " type="texte">vos voysins. J’ay un très grand desyr de veoir monsieur d’Evènes bien accompagné
</p><p id="1" n="91 " type="texte">à son souhait. On ma dict tous les biens du monde de la damoyselle et ne suys
</p><p id="1" n="92 " type="texte">que marry quil ne l’aye peu veoyr, car j’ay opinion que cela leust peu
</p><p id="1" n="93 " type="texte">accorager. Monsieur de Langes y fera ce quil pourra de bone foy asseurés [mais]
</p><p id="1" n="94 " type="texte">monseigneur, quil vous est entierement serviteur et de tout le cœur. Quant
</p><p id="1" n="95 " type="texte">à laultre mesdisant, je cuyde que le sieur de Galifet vous aura rapporté ce que
</p><p id="1" n="96 " type="texte">mon frère luy en dict et ce que jen avoys dailleurs aprins de sorte (quil a]
</p><p id="1" n="97 " type="texte">beau sexcuser , mais il fault bien que telles langues ayent la mensonge [toute]
</p><p id="1" n="98 " type="texte">preste pour se dedire le pllus souvent, aultrement ilz ne pourroyent dire
</p><p id="1" n="99 " type="texte">quilz ne fussent accablés par quelquun de ceux quilz offensent à toutes
</p><p id="1" n="100 " type="texte">heurtes et à toutes heures.
</p><p id="1" n="101 " type="texte">Monseigneur, j’ay reservé à la fin comme vous à me condoloir du decès de madame
</p><p id="1" n="102 " type="texte">votre mère, non pas pour son regard, s’en estant allée hors de ce monde plaine
</p><p id="1" n="103 " type="texte">dans, d’heur et d’honneur aultant ce me semble que dame que j’aye jamais cogneue
</p><p id="1" n="104 " type="texte">et y ayant si bien et si sainctement vescu que nous ne pouvons doubter quelle ne soyt
</p><p id="1" n="105 " type="texte">là où nous devons tous desyrer d’estre. Mais je plains l’ennuy que vous,
</p><p id="1" n="106 " type="texte">monseigneur et tous messieurs vos frères en receuvrés n’ayant jamais veu enfans
</p><p id="1" n="107 " type="texte">porter plus d’honneur et de reverance à leur père ou mère que vous faisiés
</p><p id="1" n="108 " type="texte">très tous à celle bone dame, n’y mère qui porta sem[bla]blement plus de charité [que]
</p><p id="1" n="109 " type="texte">à vous ; et veux croire comme aussi il est conforme aux promesses de Dieu
</p><p id="1" n="110 " type="texte">que de ceste pieté est en partie procedé le bon heur de votre maison lequel
</p><p id="1" n="111 " type="texte">je nestime pas petit encor que vous ayés mené jusques icy une vie assés [travaillée]
</p><p id="1" n="112 " type="texte">encor qu’une bone partie desdits sieurs vos frères soyent morts assés jeunes, encor que
</p><p id="1" n="113 " type="texte">les vertus et merites de tant que vous estes n’ayent encor esté si bien recogneues
</p><p id="1" n="114 " type="texte">comme il appartenoit ; mais je repute ledit bon heur en , [, ce] que vous avés esté et estes
</p><p id="1" n="115 " type="texte">tous reputés de singulière prudhomie de pareille sagesse et valeur sans quil
</p><p id="1" n="116 " type="texte">y aye jamais eu que tout honneur en toute votre maison et tous ceux qui sont
</p><p id="1" n="117 " type="texte">morts, estans tous morts en si bons lieux et si vaillamment que leurs vies ne si
</p><p id="1" n="118 " type="texte">pourroyent jamais estimer avoir esté courtes. Pour votre particulier, il m’a
</p><p id="1" n="119 " type="texte">tousiours semblé que Dieu vous a faict entre aultres deux graces fort speciales :
</p><p id="1" n="120 " type="texte">l’une est de vous avoir baillé une lignée aussi belle et d’aussi bone esperance
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</p><p id="1" n="122 " type="texte">ne traverse, ne travail qui ne vous soyt reusés à honneur, dont vous avés
</p><p id="1" n="123 " type="texte">[f. 51] davantaige d’occasion de louer Dieu et vous consoler des afflictions, desquelles
</p><p id="1" n="124 " type="texte">il luy plaict vous visiter quelque foys. Quant au dernier poinct de votre lettre,
</p><p id="1" n="125 " type="texte">puys que vous vous reservés à vous en resouldre après que Dieu nous aura
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</p><p id="1" n="127 " type="texte">veoir en ce cas là. Cependant, je me recommande très humblement
</p><p id="1" n="128 " type="texte">à votre bone grace, en priant Notre Seigneur quil vous done,
</p><p id="1" n="129 " type="texte">monseigneur, en parfaicte santé très longue et très heureuse vie.
</p><p id="1" n="130 " type="texte">De Soleurre, le XXXe jour de janvier 1574.</p></div>
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Places in the letter
Locations from corpus coordinates, without external geocoding. Indicative modern geographical background, Natural Earth.