Projet GordesA correspondence in the Renaissance

XXII · f° 227, 228 · 1574-02-14

XXII-227-228 Bonnet, Guillaume, archer, à M. de Gordes, Grenoble, 14 février 1574. Reçue à Valence, le 16 février 1574. Répondue.

Bonnet, Guillaume, archer → M. de Gordes

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XXII-227-228 Bonnet, Guillaume, archer, à M. de Gordes, Grenoble, 14 février 1574. Reçue à Valence, le 16 février 1574. Répondue.

Monseigneur, presentement j’ay receu la lettre qu’il vous à pleu m’escrire

touchant ung nommé Labarre, duquel le sieur de La Marcousse s’est plainct à

votre seigneurie ; lequel Labarre estant de la compagnie du sieur de Marval qui

passa par ce païs y a environ trois mois allant en Piemont soubz la conduicte

du cappitaine L’Isledieu son lieutenant, aiant faict une infinité de maulx en cedit

païs et demeuré en garnison à Pignerol cinq ou six jours, accompagné de

cinq autres soldars de ladite compagnie, sans prendre congé de leur cappitaine

ou autre superieur, se desbandarent et furent trouver ung de la pretendue opinion

qui les attendoit à St Germain qui delà les mena en Angrogne où

incontinent ung nommé La Forestz et trente autres de ladite compagnie les vindrent

trouver ; et despartans dudit Angrogne soubz la conduicte dudit La Forestz, passarent par

les montagnes de Queiras et près Guillestre et à St Crespin où ilz trouvarent

une trouppe des huguenotz qui les vindrent recevoir et conduire en Fressinière,

auquel St-Crespin, ilz prindrent tous les vivres qu’ilz trouvarent pour vivre

audit Freissinière durant deux jours qu’ilz y demeurarent. Et delà furent

trouver le cappitaine Bastien à Ourcière qui le receut avecques ses troupes

et les conduis[i]t pour surprendre le chasteau de La Motte et la ville d’Embrun,

laquelle faillie, se retirarent à Chorges doù ilz furent pour surprendre

La Bastie Neufve, au retour de laquelle, Labarre fut blessé par ung des

soldars de leur trouppe ; de quoy l’on avoit icy vous advertissemens et

notamment des maulx, marcins et pilleries dudit cappitaine La Forestz et ceulx de sadite

trouppe. En fin, ledit Labarre, accompaigné d’ung jeune homme nommé Claude

Estalin, son serviteur et ung laquais, vindrent loger aux faulx bourgz des

Jacopins et sans faire semblant de rien, se vindrent presenter à la porte pour

entrer, mais furent recogneuz par le cappiataine Curebource et autres qui les

menarent à monsieur de La Tivolière, de l’auctorité duquel ilz furent faictz

prisonniers. Et estans interrogez sur la verité de ce que dessus, ont

confessé ingenuement la verité de leur despart assembler et suite desdits

huguenotz, mais non la fin de leur entreprinse, quoy qu’il ait esté mis à

la question ; toutesfois de ses responses dudit Stalin et laquais resulte

tout ce qu’est narré cy dessus, mesmes que lors qu’ilz voulurent

surprendre Embrun, Colombin dict audit Labarre que ung soldard acoustré

de rouge se debvoit presenter à la porte d’Embrun pour faire l’execution

[228 v°] de quoy, par commandement de la cour et dudit sieur de La Tivolière, j’advertis

le sieur vibally d’Embrun pour confronter en tant que de besoing ledit Labarre

et ledit acoustré de rouge qui estoit Casteau Redon qu’il detenoit prisonnier,

duquel sieur vibally ayant heu response, ledit Labarre a esté condemné et

executé à l’estrapade et à bannissement perpetuel, mais quant à son cheval et

armes, je n’en ay point veu ne manié. Bien avoit ledit Labarre ung

meschant cheval borgne qui par l’ordonnance dudit sieur de La Tivolière

fut vendu en la place vingt florins et l’argent baillé à une hostesse

despendu par eulx. L’on a esté contrainct leur ordonner le pain du roy qu’ilz

n’ont payé, ne aucuns autres fraiz ne despens ; et quant à l’arquebouze,

ung fourreau et fournimens, ilz sont rière monsieur de Merieu,

auquel le cappitaine Curebourse les remist lors qu’il fut constitué prisonnier,

qui n’estoit en ceste ville quand ladite sentence fust donnée et n’est encores

de retour. Jehan de Vaulx, ung des archers qui a gardé cinq jours

lesdits prisonniers, m’a monstré ung decharge qu’il a dudit Labarre de

toutes ses hardes. Ladite sentence a esté baillée avec nombre d’assesseurs en

la presence dudit sieur de La Tivolière, comme il vous plaira veoir

par l’extraict d’icelle ; et m’excuserois de la trop grande doulceur que

l’on a usé envers luy pour avoir par deux fois encouru crime de lèse

maiesté, n’estoit que je suis contrainct passer par leur conseil et

advis.

Monseigneur, je prie le Createur vous donner en parfaicte prosperité

et santé, longue et heureuse vie. A Grenoble, ce XIIIIe fevrier

1574.

Votre très humble et obeissant

serviteur à jamais

Bonnet.

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Places in the letter

Locations from corpus coordinates, without external geocoding. Indicative modern geographical background, Natural Earth.