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XXIII-120 Briançon, Antoine de, seigneur de Varces, à M. de Gordes, Varces, 21 mars 1574. Reçue à Valence, le 21 mars 1574
Monsieur, je ay resseu vostre letre. Je suys et serey toute ma vie
humble subiet et afessioné à fer servisse à sa magesté comme à mon
prince naturel, et vous hobeyrey de boun cueur quant me commanderés.
Je suys marri que je ne vous puys advertir de jour à haultre de se
que je aprens [mot barré : jqu], mès je croy que monsieur de La Tivolière
vous en escript et monsieur le president de Portes, ausquels presques tous
les jours j’escrips suyant mes advertissements et foneys [= fournis ?] tout se que
je puys pour le servisse de sadite magesté et bien de ma patrie auveq
douse soldars que je ay par vostre comandement, comme men escript
mon dit sieur de La Tivolière, sans toucher à nulle contribussion si n’est
que messieurs du pays mont laycé moun mandement de Varces ; bien
que seulx de Clays m’ayent offer me countribuer, je ni ay volu toucher
ni ferey que ne le me conmandiés, voyant que nous avouns tant
daffayres qu’il est force se contenpter de peu, voyant le povre peuple
du tout à val. Suyvant vous letres je ay adverti les gentilshommes
mes voysins qui ont dit tous ensamble quils vous hobeyront à ce que
leur comanderés. Et pource que je ay henctendu que sis ou sept de Vif
sen voliont partir pour aller à Meyns trover les hennemis, je mandey
le chasteleyn et greffier pour les en advertir et s’en prendre garde.
Ilz n’en savioent encor rien. Ilz mont promis hi tenir la meyn quils ni
hiront pas comme je ferey, mès men saysirey comme je ay faict de
cinq ou sis dissi près, se que n’ay peu fayre de La Peyrouse ni de troueys [trois]
aultres belitres qui sen alarent en temps de drefve [sic], des quels je me
volloueys ceysir, se que mon sus dit sieur de La Tivolière ne trova pas boun.
Come il nescruipt pas, je ne say, monsieur, si vous avés esté adverti que
dernierement je sus que dans Daumène devoeyt passer quelques muletiers
venant de Jenesve counduysans ungne feme et ungne filie ; et parce quils
pourtiont quelques barrils, loun huct pencé que se fuet esté de poldre
d’arquebuse, je mandey dis arquebusiers qui les amenarent. Ladite
damoyselle estoueyt seur à monsieur de La Molle et niesse à monsieur de Carces
[120B]
sen aloueyct en Provence, à Tourrettes, et navoeyt que sa garsce, feysoueyt
pourter deus grans coffres et quelques aultres ardes, parmi les quelles loun
ne trova nulles letres ni chose de maulvays. Il hi avoueyt quelques seaulx,
ung testement noveau, le reste acoutrements, et dans les barils qui apertennent
ausdits muletiers et deux aultres ballos ni avoueyt rien que d’allies à faire
l’erbe et pence que si sela fuct tunbé en quelques aultres meyns, estoueyt de
bone prinse. Ne portans passeport venant de lieu subspet, je les ay laycey
aler et les ay fayct counduyre leur faysant bone chiere. Je croy qu’ils en
useront aultant à l’endroueyt de quelques hugnes qui voldront passer dessa
le Drac venant de Grenoble des nostres, mesmes de ma seur de Saynt Ange et
madamoyselle de Vaubones. Je ne say si vous avés seu d’u[n]g nomé le cappitaine
Jordain, qui avouiyct esté au cappitaine Gas mon beau frère, qui passa à Grenoble
disant qu’il aloueyt à La Ferrière puys isci et ala trover mon frère de Gonas,
ho[ù] il demeura troueys jours, luy promectant, coume il mescript, quil vous
voloueyt aler trover. Mès il at prins le chemin des huguenots. Loun ma [dit]
que Lesdiguières luy at balié des chevaulx. Si nous heussions seu, ho[u] monsieur de
La Tivoliere ho[u] moy le povions arester. Je nay aultre chose digne de vous,
come je aprendrey chose qui merite, vous en tiendrey adverti et vous ferey
toute ma vie humble servisse et prierey Dieu,
monsieur, vous avoueyr en sa saynte et digne garde. De vostre meysoun la
tour à Varces, ce XXIe mars 1574
Vostre humble et afessioné serviteur
Antoyne de Varces
Monsieur, il hi at deus jours que je ay entendu
que les huguenotz qui s’en sont alés de Triefves en nombre
de mil homes, que de pié que de cheval, hont quelque
henctreprinse de vostre costé. Je nay peu savoeyr si sest
contre votre perssone ho[u] contre quelqu’une de vous villes.
Mès il est tout sorteyn qu’il en est quelque chose. Je
tache de savoeyr que sest pour vous en advertir
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