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XVII-192 Boczosel, Soffrey de, seigneur de Chastelard, à M. de Gordes, Paris, 26 juin 1572
Monseigneur, bien tost après que ie vous eus faict
une depeche et envoyé les lettres d’evocation, ie
receue la votre du XVIe de ce moys et feus très aise
de l’appoinctement qu’avez faict avec monsieur d’Uriage
et de ce que nous ne nous hastames pas fort de présenter
voz lettres que l’homme du receveur Lyonne nous avoit
apportées. J’espère que le capitaine Spilly sera le pourteur
de la présente, duquel la depêche eust esté ung licenciement,
sans les novelles que l’on a receu des levées qui se font
au Milanois. Plusieurs me disent par ceste court
que de grandz affaires vous tumberont sur le bras si
la guerre avec le roy catholique se déclaire.
Monsieur, vous scaurez bien cependant donner advis,
non une fois seullement, de l’estat de votre gouvernement
au roy et de ce que vous y pourrés avoir de forces
et du peu d’ayde que le pays vous pourroit faire de
deniers et des mauvaises places qu’y sont. Je tiens
pour certain que si on y faict lever autres companies
que monsieur d’Hourches en aura la charge. J’ay pris
occasion que me sembloit bonne de soliciter les deulx
quartiers pour les mortespayes du Daulphiné, don
les autres ont esté payées l’année passée, attendu
les affaires que s’y peuvent presenter, mais ie n’y ay rien
peu advancer encor. Je vous supplie en escrire
au roy et à Monsegneur. Je vous envoye les provisions
desdites mortespayes, vérifiées par messieurs les trésoriers
de l’espargne, de quoy il vous plaira les advertir
les capitaines. Les nouvelles se sont changées puys ce
que ie vous ay escrit du duc de Medina, car ceulx de
la religion tiennent asseuré qu’il a perdu tous
ses hommes et ses deniers en une charge que les
[v°] Onestragueulx, qu’ilz appellent, luy firent sur mer,
sans touttesfois qu’ilz se soint prevalus [barré : du but] desdits
deniers, mais ont esté mis à fondz, ouy d’une grande
richesse d’argent, d’espiceries et autres biens que plusieurs marchandz
conduisoint, qui par seurté s’estoint joinctz audit duc.
Les Onestragueulx sont les gueulx d’eau ou de mer.
Les catholiques ne peuvent bien croire telle nouvelle
de la perte des hommes. Tous conviennent à la
perte des deniers. Le sieur de Janlis est arrivé avec
la novelle en ceste cour, tousiours pour emouvoir le
roy à se déclairer en ceste guerre s’ilz peuvent ;
pour à quoy parvenir, ilz n’oblient invention ny artifice.
Ilz promettent au roy sur la teste de ceulx qu’il
voudra retenir en hostage que la plus part des villes
de Flandres se déclaireront pour luy s’il les veut
advouer et qu’elles voyent marcher une armée.
Ilz disent encor qu’il y a ung très mauvais menage
entres le duc d’Albe et celuy de Medina et que
le duc d’Albe n’a sceu ny peu mettre trois mil
hommes de pied ensemble, que le prince d’Orenge
a rompu deulx mil chevaulx et quelzques
gens de pied que l’archevêque de Cologne avoit
levé pour le service du roy chatolique. Touttesfoiz,
on ne pense pas qu’ilz puissent gaigner ce poinct
sur non sur la particulière volonté du roy, mais sur
le sage advis de son consel, par lequel sa maiesté
se conduira du tout en cest affaire. Si semble-t-il
estre impossible et inevitable que l’ung n’attire
l’autre puis que ce sont les subgetz du roy qui font
ceste guerre en Flandres et qui l’ont entreprise eulx
mesmes qui vont et viennent de leur armée yci ce
[f° 193] que l’Espagnol prendra assez pour une declaration
ouverte. Je me suis trouvé en des lieux où l’on se
dispensoit de dire que luy auroit poinct d’interestz
au roy quand le roy catholique pren-
droit quelque advantage sur le marquisat de
Saluces et Daulphiné et Provence, pourveu que
le roy se voulut servir et ayder du moyen qu’il a sur
tous les Pays-Bas. Je n’oys pas patiemment telles reveries.
Monsieur l’amiral est toujours en ceste ville avec
quelquez fiebvre terminée. On parle des nopces
au XXVe de jullet.
Monsieur, monsieur de Villeroy m’a dict que dès
l’heure qu’il eust leu votre lettre au roy du XVIe, il
alla par son commandement dans la chambre où
se tenoit le conseil pour les finances, parler à
messieurs du conseil de pourveoir à votre payement, lesquelz
trouvarent bien estrange le mauvais traictement
que vous avez receu, luy dirent qu’ilz avoint donné
assignation pour VIII moys de la présente année et comme
ilz ordonneroint des autres quatre moys qu’ilz
regarderont de vous faire assigner pour une partie de voz
arrerages. Je vous supplie croyre que ie n’ay esté
négligent à en parler fort souvent à leurs majestés
et à Monsegneur, mais c’est tousiours une responce
qu’ilz y feront pourvoir.
Je ne scay quelle response on vous faict sur la forme
de faire vivre la gendarmerie ; j’ay fort pressé monsieur
de Villeroy de vous y faire respondre. il m’appella
hyer matin, sortant du conseil, et me dict que
jusques alors, on n’avoit prins autre resolutions, sinon
de leur faire faire monstre incontinent.
J’ay veu ung extraict ce soir qu’on dict estre d’une lettre
du sieur de Mondoucet, agent pour le roy près le duc d’Albe,
qui porte ce que i’en escris à monsieur le president Truchon
de la cotte du duc de Medina. Dieu vous conserve
en très longue vie. A Paris, ce XXVIe juin 1572
vostre humble serviteur
[marge gauche : Le capitaine Spilly a faict toutte la diligence
et aspre solicitation qu’il a peu.]
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</p><p id="1" n="3 " type="texte">Monseigneur, bien tost après que ie vous eus faict
</p><p id="1" n="4 " type="texte">une depeche et envoyé les lettres d’evocation, ie
</p><p id="1" n="5 " type="texte">receue la votre du XVIe de ce moys et feus très aise
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</p><p id="1" n="11 " type="texte">sans les novelles que l’on a receu des levées qui se font
</p><p id="1" n="12 " type="texte">au Milanois. Plusieurs me disent par ceste court
</p><p id="1" n="13 " type="texte">que de grandz affaires vous tumberont sur le bras si
</p><p id="1" n="14 " type="texte">la guerre avec le roy catholique se déclaire.
</p><p id="1" n="15 " type="texte">Monsieur, vous scaurez bien cependant donner advis,
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</p><p id="1" n="17 " type="texte">au roy et de ce que vous y pourrés avoir de forces
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</p><p id="1" n="20 " type="texte">pour certain que si on y faict lever autres companies
</p><p id="1" n="21 " type="texte">que monsieur d’Hourches en aura la charge. J’ay pris
</p><p id="1" n="22 " type="texte">occasion que me sembloit bonne de soliciter les deulx
</p><p id="1" n="23 " type="texte">quartiers pour les mortespayes du Daulphiné, don
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</p><p id="1" n="25 " type="texte">les affaires que s’y peuvent presenter, mais ie n’y ay rien
</p><p id="1" n="26 " type="texte">peu advancer encor. Je vous supplie en escrire
</p><p id="1" n="27 " type="texte">au roy et à Monsegneur. Je vous envoye les provisions
</p><p id="1" n="28 " type="texte">desdites mortespayes, vérifiées par messieurs les trésoriers
</p><p id="1" n="29 " type="texte">de l’espargne, de quoy il vous plaira les advertir
</p><p id="1" n="30 " type="texte">les capitaines. Les nouvelles se sont changées puys ce
</p><p id="1" n="31 " type="texte">que ie vous ay escrit du duc de Medina, car ceulx de
</p><p id="1" n="32 " type="texte">la religion tiennent asseuré qu’il a perdu tous
</p><p id="1" n="33 " type="texte">ses hommes et ses deniers en une charge que les
</p><p id="1" n="34 " type="texte">[v°] Onestragueulx, qu’ilz appellent, luy firent sur mer,
</p><p id="1" n="35 " type="texte">sans touttesfois qu’ilz se soint prevalus [barré : du but] desdits
</p><p id="1" n="36 " type="texte">deniers, mais ont esté mis à fondz, ouy d’une grande
</p><p id="1" n="37 " type="texte">richesse d’argent, d’espiceries et autres biens que plusieurs marchandz
</p><p id="1" n="38 " type="texte">conduisoint, qui par seurté s’estoint joinctz audit duc.
</p><p id="1" n="39 " type="texte">Les Onestragueulx sont les gueulx d’eau ou de mer.
</p><p id="1" n="40 " type="texte">Les catholiques ne peuvent bien croire telle nouvelle
</p><p id="1" n="41 " type="texte">de la perte des hommes. Tous conviennent à la
</p><p id="1" n="42 " type="texte">perte des deniers. Le sieur de Janlis est arrivé avec
</p><p id="1" n="43 " type="texte">la novelle en ceste cour, tousiours pour emouvoir le
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</p><p id="1" n="45 " type="texte">pour à quoy parvenir, ilz n’oblient invention ny artifice.
</p><p id="1" n="46 " type="texte">Ilz promettent au roy sur la teste de ceulx qu’il
</p><p id="1" n="47 " type="texte">voudra retenir en hostage que la plus part des villes
</p><p id="1" n="48 " type="texte">de Flandres se déclaireront pour luy s’il les veut
</p><p id="1" n="49 " type="texte">advouer et qu’elles voyent marcher une armée.
</p><p id="1" n="50 " type="texte">Ilz disent encor qu’il y a ung très mauvais menage
</p><p id="1" n="51 " type="texte">entres le duc d’Albe et celuy de Medina et que
</p><p id="1" n="52 " type="texte">le duc d’Albe n’a sceu ny peu mettre trois mil
</p><p id="1" n="53 " type="texte">hommes de pied ensemble, que le prince d’Orenge
</p><p id="1" n="54 " type="texte">a rompu deulx mil chevaulx et quelzques
</p><p id="1" n="55 " type="texte">gens de pied que l’archevêque de Cologne avoit
</p><p id="1" n="56 " type="texte">levé pour le service du roy chatolique. Touttesfoiz,
</p><p id="1" n="57 " type="texte">on ne pense pas qu’ilz puissent gaigner ce poinct
</p><p id="1" n="58 " type="texte">sur non sur la particulière volonté du roy, mais sur
</p><p id="1" n="59 " type="texte">le sage advis de son consel, par lequel sa maiesté
</p><p id="1" n="60 " type="texte">se conduira du tout en cest affaire. Si semble-t-il
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</p><p id="1" n="63 " type="texte">ceste guerre en Flandres et qui l’ont entreprise eulx
</p><p id="1" n="64 " type="texte">mesmes qui vont et viennent de leur armée yci ce
</p><p id="1" n="65 " type="texte">[f° 193] que l’Espagnol prendra assez pour une declaration
</p><p id="1" n="66 " type="texte">ouverte. Je me suis trouvé en des lieux où l’on se
</p><p id="1" n="67 " type="texte">dispensoit de dire que luy auroit poinct d’interestz
</p><p id="1" n="68 " type="texte">au roy quand le roy catholique pren-
</p><p id="1" n="69 " type="texte">droit quelque advantage sur le marquisat de
</p><p id="1" n="70 " type="texte">Saluces et Daulphiné et Provence, pourveu que
</p><p id="1" n="71 " type="texte">le roy se voulut servir et ayder du moyen qu’il a sur
</p><p id="1" n="72 " type="texte">tous les Pays-Bas. Je n’oys pas patiemment telles reveries.
</p><p id="1" n="73 " type="texte">Monsieur l’amiral est toujours en ceste ville avec
</p><p id="1" n="74 " type="texte">quelquez fiebvre terminée. On parle des nopces
</p><p id="1" n="75 " type="texte">au XXVe de jullet.
</p><p id="1" n="76 " type="texte">Monsieur, monsieur de Villeroy m’a dict que dès
</p><p id="1" n="77 " type="texte">l’heure qu’il eust leu votre lettre au roy du XVIe, il
</p><p id="1" n="78 " type="texte">alla par son commandement dans la chambre où
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</p><p id="1" n="84 " type="texte">ilz ordonneroint des autres quatre moys qu’ilz
</p><p id="1" n="85 " type="texte">regarderont de vous faire assigner pour une partie de voz
</p><p id="1" n="86 " type="texte">arrerages. Je vous supplie croyre que ie n’ay esté
</p><p id="1" n="87 " type="texte">négligent à en parler fort souvent à leurs majestés
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</p><p id="1" n="91 " type="texte">de faire vivre la gendarmerie ; j’ay fort pressé monsieur
</p><p id="1" n="92 " type="texte">de Villeroy de vous y faire respondre. il m’appella
</p><p id="1" n="93 " type="texte">hyer matin, sortant du conseil, et me dict que
</p><p id="1" n="94 " type="texte">jusques alors, on n’avoit prins autre resolutions, sinon
</p><p id="1" n="95 " type="texte">de leur faire faire monstre incontinent.
</p><p id="1" n="96 " type="texte">J’ay veu ung extraict ce soir qu’on dict estre d’une lettre
</p><p id="1" n="97 " type="texte">du sieur de Mondoucet, agent pour le roy près le duc d’Albe,
</p><p id="1" n="98 " type="texte">qui porte ce que i’en escris à monsieur le president Truchon
</p><p id="1" n="99 " type="texte">de la cotte du duc de Medina. Dieu vous conserve
</p><p id="1" n="100 " type="texte">en très longue vie. A Paris, ce XXVIe juin 1572
</p><p id="1" n="101 " type="texte">vostre humble serviteur
</p><p id="1" n="102 " type="texte">[marge gauche : Le capitaine Spilly a faict toutte la diligence
</p><p id="1" n="103 " type="texte">et aspre solicitation qu’il a peu.]
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