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XVIII-96 Faure, Clément à M. de Gordes, Valence, 28 juillet 1572
Monseigneur, sy les assemblées secrettes et publicques de ceux qui se disent
enfans de Dieu ou religieux réformés ne nous eussent appourté aulcung mal
par le passé ny deshobeissance à nostre roy (duquel vous tenés le lieu
en ce pays), une infinité de peuple ne se trouveroit à présent estonné en ceste
ville ; mays d’aultant que tous animaux, par ung instinc naturel,
craignent et fuyent ce qui leur est contrayre et plus fort, celuy à qui
Dieu a donné, oultre la nature, rayson et jugement, voyant revenir telles
choses, crainct rechoir en telle misère et calamité que puys naguières nous
a tant affligés – de laquelle vous pouvés estre et juge et tesmoing pour
en avoir plus senti au cœur que tous ceux qui ont perdu en leurs biens
– pour la grande bonté et vertu desquelles Dieu vous a pourveu, oultre une
prudence et advis don[t] avons telle asseurance, que toutes leurs assemblées
et dessains viendront en fumiée, vous y estant adverti ; qui ma causé vous
escripre la presente parce, que mardi dernier, jour de La Magdelayne, ung ministre
avecques neuf ou dix desdits religieux de ceste ville sassemblarent sur
la nuict chez maistre Jaques Faure, le medecin, et feurent descouvers puys
trouvés tous assemblé par une bonne troupe de catholicques de ceste ville
qui y accompagnarent le lieutenant de juge, qui en print actes et despuys s’est
monstré assés lent à l’information. Toutefoys je m’asseure que verrés tout comme
y a esté procédé et croy que l’asseurance est desjà telle en eux qu’ilz ne
craignent plus que bien peu, car ung filz de Françoys de Combes, jeudi
dernier, poursuivist et blessa dedans la garde de la porte Saint-
Felix ung qui aultreffoys avoit esté pourtier ; et dès ce jour, ou ung au
paradvant, le sieur de Mirabel avecques plusieurs cappitaynes se sont
promenés par ceste ville accompaignés de plusieurs de leurs adhérans
qui effraye ung peu le monde ; pourquoy, Monseigneur, vous playra nous
ayder en quelque façon affin que le dommage ne suyve la craincte ;
et je masseure que les benedictions et prières du peuple vous
impetreront envers Dieu, lequel je supplye vous donner,
Monseigneur, augmentant tousjours vostre grandeur très longue et
heureuse santé, et à tous ce que mieux vous aymés. De Valence, ce XXVIIIe
de julhet 1572.
Vostre très humble et très hobeissant serviteur
Clément Faure
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