Transcription
Edited text · original spelling and annotations retained
-
XVIII-206 Bellièvre, Jean de, seigneur d’Hautefort, troisième président au parlement du Dauphiné, à M. de Gordes, Montpellier, 13 août 1572
Monseigneur, monsieur de Saint-André m’a envoyé par le changeur de
Luan la lettre que vous lui avés escritte du IIIe de ce moys, avec les copies
de celle que vous avés receu du sieur de Chastellard du XXIe juliet et des
articles contre vous présentés par la noblesse de la religion de Daulphiné
pour raison desquels articles vous deliberiés m’escrire affin de vous en mander
ce que m’en semble. Il me deplait n’estre auprès de vous ou en lieu que je vous
y peusse faire davantage de service selon l’affection et obligation que j’en ay.
et ne puis de moins qu’estre marry de veoir qu’au lieu d’estre gratifié
comme vous vertus et services meritent, il vous faille defendre de ces
calumnies. En quoy neanmoins vous avés la fortune comme à plusieurs autres
grands personages, lesquels, quelques sages et advisés qu’ils soyent en
toutes leurs actions, ne se peuvent garder d’estre hurtés et travaillés
là où d’autres, quelques negligens, licentieux et dissolus qu’ils soyent,
ne laissent pourtant de passer leur aage sans riolte ny fascherie.
Mais Dieu scait pourquoy il le fait, et si se faut asseurer qu’Il
fait le tout pour le mieux, voire qu’Il ne laisse jamais les gens
de bien tumber en confusion, qu’à la fin ilz ne resortent
à leur honneur, come j’ay bien ferme espérance que vous, monseigneur, ferés
de tout cecy, et ce de telle sorte que votre vertu et vous actions
n’en reluiront que devantage ; ce que outre l’expérience
du passé, je dis avec d’autant plus d’asseurance que je scay
de quelle syncerité vous vous estes tousjours manié en votre charge ;
aussi que par le discours des complainctes, je ne veoy chose de laquelle vous
ne vous puissiés très bien justifier et fère cognoistre qu’il faut bien
que votre cas soit nect, puisqu’après une si animeuse
recherche l’on a esté contrainct recourir à telles inventions
et deguisemens, comme vous scaurés trop mieux remonstrer
par le menu. Et neantmoins, pour satisfère à ce que vous desyrés
de moy et pour vous relever aucunement, je vous ay bien voulu
dresser un project auquel vous pourrés adjouxter ou detraire,
[v°] comme par votre prudence vous verrés estre pour le mieux ; seulement
vous supplieray-je de deux choses : l’une est de vouloir plus tost
temperer le style desdites responces que l’aigrir, quelque juste
occasion que vous puissiés avoir de vous resentir, ayant esgard que cela
sera plus agreable à vous principaux amys et desquels en cecy
vous devés attendre plus de bons offices, avec ce que d’allieurs il appartient
à la reputation de votre sagesse d’en user plus tost ainsi que d’entrer
en plus grands picques et estriver avec ceux qui vous sont
en toutes sortes inférieurs, attendu aussi que le roy doit estre
le juge de votre cause ; l’autre chose dont je vous veux prier est
que neanmoins il vous plaise ne mectre ceste affère à non
challoir comme par un juste desdaing, ains vous defendre vivement
affin que vos adversaires et envieux ne se puissent vanter
d’estre venus à leurs attainctes ou d’avoir gaigné quelque advantage
sur vous, ce que avec supportation vous pourrés trop mieux faire
en temperant vos responces et remonstrances de toute froideur ;
et ce faisant le cueur me dict qu’avec layde
de Dieu l’issue vous sera aussi honorable et advantageuse que le
fust à l’autre foys, et sera encor peut-estre cause que toutes
choses s’accommoderont, car il faut que je vous confesse que j’ay tousjours
eu une grande envie de veoir celle querelle cessée, de la
quelle je tiens que tout cecy soit procedé. Ce que toutesfoys, en foy
d’homme de bien, je ne faisois pour autre respect que pour ce qu’il
me sembloit, comme aussi il faisoit à monsieur le premier president,
qu’il estoyt à doubter qu’à la longue l’on en
veint à ce que nous veoyons et que cela vous altera vos amys.
Mais il semble que c’estoyt une chose fauce. Je ne croy pas que
les complaignans tendent d’avoir ne monsieur de Maugeron, ne monsieur
de Suze, et quant ilz y auroyent pensé, leurst superieurs
[f° 207] ne seroient de cest advis ; et y a plus d’apparence qu’ils tascheroyent
d’avoir monsieur le comte de Vantadour duquel ils s’asseureroyent plus.
Mais quelque beau-frère que monsieur le duc de Montmorancy luy soit, je tiens
qu’il vous est trop franc amy pour y consentir, et de fait
j’ay aprins d’un bon personage qui estoit auprès de luy quant il receut
la nouvelle que vous estiés mort à la charge que vous eustes
au-delà du Poulsin, lequel m’a asseuré qu’il vous plaignit grandement
avec les larmes aux yeux ; et veux croire qu’il temperera
voluntiers l’affection de celuy, lequel on vous a escrit avoir esté
de ceux qui avoyent presenté lesdictes plainctes, duquel je m’esbahis
et si vous diray neantmoins pour advertissement que quant à celles que l’a dict, ce sont bien quelques foys
de ses traicts comme (si je m’en puis souvenir) je vous feray
un jour le conte d’un semblable traict qu’elle feist en ce pais
pour aigrir davantage une malvueillance.
Au surplus, monseigneur, j’ay à vous remercier très humblement
de tant de bone volunté que vous avés déclarée en mon endroit
sur ce qui a naguères passé en court à l’occasion de l’extreme
maladie de mondit sieur le president, de la guerison duquel je
m’asseure que vous croirés assés que je suys trop plus ayse
que je ne scauroys estre de son estat, et loue Dieu quil nous
aye conservé un si digne et vertueux amy, chose qui nous peut
faire plus defaut que telles, ne plus grandes dignités,
lesquelles, selon mon contentement, ne me defaillirent encor
jamais. Et sur ce après, mes très humbles recommandations
à votre bonne grâce, je supplie Nostre Seigneur qu’il vous done,
Monseigneur, en toute prosperité, très longue vie. De
Montpellier, ce XIIIe jour d’aoust 1572.
Votre très humble et très affectionné
serviteur.
Bellievre
Madame de Gordes verra icy
s’il luy plait mes semblables recommandations
à sa bonne grâce.
[En marge, à gauche :] Outre le project des responces, j’en ay fait un de la lettre
que vous pourriés escrire au roy ou à la royne, changeant ce que (feust]
à changer avec lesdites responces ou sans icelles, comme il vous viendra.
View the complete XML
<div id="lettre" index="284" class="add" name="admin" date="2019-07-17T19:17:57.456+02:00"><desc><tome>XVIII</tome><folios><f>206 207</f></folios><expediteur>Bellièvre, Jean de, seigneur d’Hautefort, troisième président au parlement du Dauphiné</expediteur><destinataire>M. de Gordes</destinataire><date type="reponse" cat="reelle"/><date type="expedition" cat="reelle">1572-08-13</date><date type="expedition" cat="affiche">1572-08-13</date><date type="reception" cat="reelle">1572-08-24</date><lieu type="expedition" gps="43° 36' 43'' N ; 3° 52' 38'' E">Montpellier</lieu><lieu type="reception" gps="45° 15' 14'' N ; 5° 56' 00" E">Laval</lieu><hyperlien/><bibliographie/><note/></desc><p id="1" n="1 " type="texte"> -
</p><p id="1" n="2 " type="titre">XVIII-206 Bellièvre, Jean de, seigneur d’Hautefort, troisième président au parlement du Dauphiné, à M. de Gordes, Montpellier, 13 août 1572
</p><p id="1" n="3 " type="texte">Monseigneur, monsieur de Saint-André m’a envoyé par le changeur de
</p><p id="1" n="4 " type="texte">Luan la lettre que vous lui avés escritte du IIIe de ce moys, avec les copies
</p><p id="1" n="5 " type="texte">de celle que vous avés receu du sieur de Chastellard du XXIe juliet et des
</p><p id="1" n="6 " type="texte">articles contre vous présentés par la noblesse de la religion de Daulphiné
</p><p id="1" n="7 " type="texte">pour raison desquels articles vous deliberiés m’escrire affin de vous en mander
</p><p id="1" n="8 " type="texte">ce que m’en semble. Il me deplait n’estre auprès de vous ou en lieu que je vous
</p><p id="1" n="9 " type="texte">y peusse faire davantage de service selon l’affection et obligation que j’en ay.
</p><p id="1" n="10 " type="texte">et ne puis de moins qu’estre marry de veoir qu’au lieu d’estre gratifié
</p><p id="1" n="11 " type="texte">comme vous vertus et services meritent, il vous faille defendre de ces
</p><p id="1" n="12 " type="texte">calumnies. En quoy neanmoins vous avés la fortune comme à plusieurs autres
</p><p id="1" n="13 " type="texte">grands personages, lesquels, quelques sages et advisés qu’ils soyent en
</p><p id="1" n="14 " type="texte">toutes leurs actions, ne se peuvent garder d’estre hurtés et travaillés
</p><p id="1" n="15 " type="texte">là où d’autres, quelques negligens, licentieux et dissolus qu’ils soyent,
</p><p id="1" n="16 " type="texte">ne laissent pourtant de passer leur aage sans riolte ny fascherie.
</p><p id="1" n="17 " type="texte">Mais Dieu scait pourquoy il le fait, et si se faut asseurer qu’Il
</p><p id="1" n="18 " type="texte">fait le tout pour le mieux, voire qu’Il ne laisse jamais les gens
</p><p id="1" n="19 " type="texte">de bien tumber en confusion, qu’à la fin ilz ne resortent
</p><p id="1" n="20 " type="texte">à leur honneur, come j’ay bien ferme espérance que vous, monseigneur, ferés
</p><p id="1" n="21 " type="texte">de tout cecy, et ce de telle sorte que votre vertu et vous actions
</p><p id="1" n="22 " type="texte">n’en reluiront que devantage ; ce que outre l’expérience
</p><p id="1" n="23 " type="texte">du passé, je dis avec d’autant plus d’asseurance que je scay
</p><p id="1" n="24 " type="texte">de quelle syncerité vous vous estes tousjours manié en votre charge ;
</p><p id="1" n="25 " type="texte">aussi que par le discours des complainctes, je ne veoy chose de laquelle vous
</p><p id="1" n="26 " type="texte">ne vous puissiés très bien justifier et fère cognoistre qu’il faut bien
</p><p id="1" n="27 " type="texte">que votre cas soit nect, puisqu’après une si animeuse
</p><p id="1" n="28 " type="texte">recherche l’on a esté contrainct recourir à telles inventions
</p><p id="1" n="29 " type="texte">et deguisemens, comme vous scaurés trop mieux remonstrer
</p><p id="1" n="30 " type="texte">par le menu. Et neantmoins, pour satisfère à ce que vous desyrés
</p><p id="1" n="31 " type="texte">de moy et pour vous relever aucunement, je vous ay bien voulu
</p><p id="1" n="32 " type="texte">dresser un project auquel vous pourrés adjouxter ou detraire,
</p><p id="1" n="33 " type="texte">[v°] comme par votre prudence vous verrés estre pour le mieux ; seulement
</p><p id="1" n="34 " type="texte">vous supplieray-je de deux choses : l’une est de vouloir plus tost
</p><p id="1" n="35 " type="texte">temperer le style desdites responces que l’aigrir, quelque juste
</p><p id="1" n="36 " type="texte">occasion que vous puissiés avoir de vous resentir, ayant esgard que cela
</p><p id="1" n="37 " type="texte">sera plus agreable à vous principaux amys et desquels en cecy
</p><p id="1" n="38 " type="texte">vous devés attendre plus de bons offices, avec ce que d’allieurs il appartient
</p><p id="1" n="39 " type="texte">à la reputation de votre sagesse d’en user plus tost ainsi que d’entrer
</p><p id="1" n="40 " type="texte">en plus grands picques et estriver avec ceux qui vous sont
</p><p id="1" n="41 " type="texte">en toutes sortes inférieurs, attendu aussi que le roy doit estre
</p><p id="1" n="42 " type="texte">le juge de votre cause ; l’autre chose dont je vous veux prier est
</p><p id="1" n="43 " type="texte">que neanmoins il vous plaise ne mectre ceste affère à non
</p><p id="1" n="44 " type="texte">challoir comme par un juste desdaing, ains vous defendre vivement
</p><p id="1" n="45 " type="texte">affin que vos adversaires et envieux ne se puissent vanter
</p><p id="1" n="46 " type="texte">d’estre venus à leurs attainctes ou d’avoir gaigné quelque advantage
</p><p id="1" n="47 " type="texte">sur vous, ce que avec supportation vous pourrés trop mieux faire
</p><p id="1" n="48 " type="texte">en temperant vos responces et remonstrances de toute froideur ;
</p><p id="1" n="49 " type="texte">et ce faisant le cueur me dict qu’avec layde
</p><p id="1" n="50 " type="texte">de Dieu l’issue vous sera aussi honorable et advantageuse que le
</p><p id="1" n="51 " type="texte">fust à l’autre foys, et sera encor peut-estre cause que toutes
</p><p id="1" n="52 " type="texte">choses s’accommoderont, car il faut que je vous confesse que j’ay tousjours
</p><p id="1" n="53 " type="texte">eu une grande envie de veoir celle querelle cessée, de la
</p><p id="1" n="54 " type="texte">quelle je tiens que tout cecy soit procedé. Ce que toutesfoys, en foy
</p><p id="1" n="55 " type="texte">d’homme de bien, je ne faisois pour autre respect que pour ce qu’il
</p><p id="1" n="56 " type="texte">me sembloit, comme aussi il faisoit à monsieur le premier president,
</p><p id="1" n="57 " type="texte">qu’il estoyt à doubter qu’à la longue l’on en
</p><p id="1" n="58 " type="texte">veint à ce que nous veoyons et que cela vous altera vos amys.
</p><p id="1" n="59 " type="texte">Mais il semble que c’estoyt une chose fauce. Je ne croy pas que
</p><p id="1" n="60 " type="texte">les complaignans tendent d’avoir ne monsieur de Maugeron, ne monsieur
</p><p id="1" n="61 " type="texte">de Suze, et quant ilz y auroyent pensé, leurst superieurs
</p><p id="1" n="62 " type="texte">[f° 207] ne seroient de cest advis ; et y a plus d’apparence qu’ils tascheroyent
</p><p id="1" n="63 " type="texte">d’avoir monsieur le comte de Vantadour duquel ils s’asseureroyent plus.
</p><p id="1" n="64 " type="texte">Mais quelque beau-frère que monsieur le duc de Montmorancy luy soit, je tiens
</p><p id="1" n="65 " type="texte">qu’il vous est trop franc amy pour y consentir, et de fait
</p><p id="1" n="66 " type="texte">j’ay aprins d’un bon personage qui estoit auprès de luy quant il receut
</p><p id="1" n="67 " type="texte">la nouvelle que vous estiés mort à la charge que vous eustes
</p><p id="1" n="68 " type="texte">au-delà du Poulsin, lequel m’a asseuré qu’il vous plaignit grandement
</p><p id="1" n="69 " type="texte">avec les larmes aux yeux ; et veux croire qu’il temperera
</p><p id="1" n="70 " type="texte">voluntiers l’affection de celuy, lequel on vous a escrit avoir esté
</p><p id="1" n="71 " type="texte">de ceux qui avoyent presenté lesdictes plainctes, duquel je m’esbahis
</p><p id="1" n="72 " type="texte">et si vous diray neantmoins pour advertissement que quant à celles que l’a dict, ce sont bien quelques foys
</p><p id="1" n="73 " type="texte">de ses traicts comme (si je m’en puis souvenir) je vous feray
</p><p id="1" n="74 " type="texte">un jour le conte d’un semblable traict qu’elle feist en ce pais
</p><p id="1" n="75 " type="texte">pour aigrir davantage une malvueillance.
</p><p id="1" n="76 " type="texte">Au surplus, monseigneur, j’ay à vous remercier très humblement
</p><p id="1" n="77 " type="texte">de tant de bone volunté que vous avés déclarée en mon endroit
</p><p id="1" n="78 " type="texte">sur ce qui a naguères passé en court à l’occasion de l’extreme
</p><p id="1" n="79 " type="texte">maladie de mondit sieur le president, de la guerison duquel je
</p><p id="1" n="80 " type="texte">m’asseure que vous croirés assés que je suys trop plus ayse
</p><p id="1" n="81 " type="texte">que je ne scauroys estre de son estat, et loue Dieu quil nous
</p><p id="1" n="82 " type="texte">aye conservé un si digne et vertueux amy, chose qui nous peut
</p><p id="1" n="83 " type="texte">faire plus defaut que telles, ne plus grandes dignités,
</p><p id="1" n="84 " type="texte">lesquelles, selon mon contentement, ne me defaillirent encor
</p><p id="1" n="85 " type="texte">jamais. Et sur ce après, mes très humbles recommandations
</p><p id="1" n="86 " type="texte">à votre bonne grâce, je supplie Nostre Seigneur qu’il vous done,
</p><p id="1" n="87 " type="texte">Monseigneur, en toute prosperité, très longue vie. De
</p><p id="1" n="88 " type="texte">Montpellier, ce XIIIe jour d’aoust 1572.
</p><p id="1" n="89 " type="texte">Votre très humble et très affectionné
</p><p id="1" n="90 " type="texte">serviteur.
</p><p id="1" n="91 " type="texte">Bellievre
</p><p id="1" n="92 " type="texte">Madame de Gordes verra icy
</p><p id="1" n="93 " type="texte">s’il luy plait mes semblables recommandations
</p><p id="1" n="94 " type="texte">à sa bonne grâce.
</p><p id="1" n="95 " type="texte">[En marge, à gauche :] Outre le project des responces, j’en ay fait un de la lettre
</p><p id="1" n="96 " type="texte">que vous pourriés escrire au roy ou à la royne, changeant ce que (feust]
</p><p id="1" n="97 " type="texte">à changer avec lesdites responces ou sans icelles, comme il vous viendra. 
</p><p id="1" n="98 " type="texte"/></div>
Facsimile
4 image(s) identified in the corpus catalogue.
The viewer loads as you approach this section.
Original JPEG — view 1 · Original JPEG — view 2 · Original JPEG — view 3 · Original JPEG — view 4
Places in the letter
Locations from corpus coordinates, without external geocoding. Indicative modern geographical background, Natural Earth.