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XIX-339 Bellièvre, Jean de, seigneur d’Hautefort, troisième président au parlement du Dauphiné, à M. de Gordes, Beaucaire, 29 décembre 1572
Monseigneur, il y a déjà troys ou quatre jours que je receu vos lettres du XVe, avec
une du sieur du Villars Boivin, laquelle j’envoye à monsieur de Saint-André.
Celles que monseigneur et madame de Savoye escrivent à monsieur le maréchal
adjouxtent qu’il ne laisse d’estre bon mary, pour avoir esté avec monsieur le maréchal
de Brissac et avec luy. Vous pouvés penser si cela est prins
pour argent content. J’ay dict avant la main à mondit seigneur le maréchal
que c’est une damoiselle à ses droicts, qui ne m’appartient aujourd’huy
de si près qu’elle soloit, et néantmoins que si elle a encor quelque opinion de
mon amitié, je ne luy voudrois conseiller chose ny à son désavantaige, ni
pour l’esloigner. Il l’a prins ne plus ne moins que vous faittes, et m’a dict d’en
faire dresser la responce ; et de fait, encor que je désyreroys bien qu’elle fust de
meilleur accord avec monsieur de Saint-André et qu’elle se voulut servir d’autres conseils
que ceux que la conseillent, si est-ce que je ne souhaitte riens moins son bien que
devant. Madame d’Usès est icy puis quatre ou cinq jours, qui n’a rien laissé à la
cour de sa bone grâce. Elle fait ce qu’elle peut pour rentrer avec le roy en ses
places, mais elle ne trouve pas partout le crédit qu’elle voudroit ; pour
le moins ha-elle asseuré sa maison de Charmes. Il y a tantost huict jours
que nous avons le plus dur hyver qu’il est possible, et ne cuyde point avoir
veu neiger pour XVIII ou XIX heures plus que icy, car ce n’a
esté guères moins de deux pieds, dont il n’est rien fondu à cause
des extrêmes bises qui ont depuis régné ; de sorte que j’ay veu
ce matin le Rosne prins, et en quelques lieux le bestail y passe, qui est
venu le plus mal à propos du monde, car le propre jour qu’il comença à
neiger, monseigneur le maréchal avoit mis en campaigne XV ou XVI hommes qui
ont esté contraincts séjourner à Couvisson, laquelle, ayant prinse d’armes
et défait une compagnie qui estoit dedans, ils treuvent le surplus
assiégé dans le château ; mais l’artillerie nous manque ; néantmoins, on ne
laisse d’espérer qu’ils pourrayent estre contrainctz par nécessité, d’aultant
qu’ils y sont entrés près de III ou IIIIc persones à l’improuveue. Le
dessaing que nos trouppes estoyt de se jecter dans les Sevènes
qui sont maintenant closes ou armées de ces neiges. Monsieur l’admiral
en doit estre plus mal pour avoir déjà commencé son gros jeu, et au
dégel il aura les boues qui seront aussi fascheuses en ces pays gras.
[v] Je vous envoye la copie d’une prétendue association que les huguenots
font courir, laquelle il y a grande apparence estre faincte, quand ce
ne seroit qu’il est bien difficile que l’assemblée eust esté si tost
faicte et la résolution prinse, attendu que en si peu de temps,
vous avés bien affaire d’assembler les estas de Daulphiné ; et sil en
estoyt quelque chose, ce seroit plus tost un project de ce que ceux
qui sont hors leurs maisons désyreroyent. Sont ainsi que les banques
de Lyon font souvent courir le discours des choses advenir pour
nouvelles de celles qui sont advenues. Tant est que on nous a raporté
que à La Rochelle, ils ont déjà dressé une république sur le principe
de la prétendue confédération, et nous avons veu de leurs commandemens
où ceux qui commandent ne font aucune mention du roy, comme es
troubles passés. Et là-dessus, je vous veux bien doner un advis,
c’est que l’on prétend que soudain que les huguenots de ce royaulme
seront asseurés de la résolution des secours estrangers et qu’ils
les treuveront prêts et debout, ils se doivent élever et se saysir en chacune
province de ce qu’ils pourront pour occuper et distraire devantaige les
forces du roy ; ce qui n’est pas trop mal croyable pour deux raisons :
l’une pour ce que, comme disoit un ancien : Nemo diutius in ea conditione
manet cuius eum pœniteat quam necesse sit ; l’autre pour ce qu’il ha
esté dict il y a deux mil ans, et nous l’avons trop expérimenté depuis dix
ans, que on ne tient jamais promesse en ces guerres civiles, et ha l’on
tousjours quelque prétexte de s’en départir ; de sorte, Monseigneur, que il me
semble estre bon d’y estre fort ententif, spécialement jusques à ceste
prime vere que l’on porra mieux découvrir leur jeu et leur dessaing ; or n’y pouvés-vous
bonement pourveoir que vous n’ayés quelques petites forces debout, que me fait
persévérer en ce que vous devés insister d’avoir des forces ; et si
vous entendés qu’il s’en dresse à Genève, vous ne devés avec supposition
attendre la permission du roy, ains les préparer et en doner quant et quant advis à sa magesté.
[340] Je vous envoye la lettre que je receu harsoir de monsieur de La Coste.
A ce que je voye, l’un fortifie l’autre ; et certes il en advient
souvent icy, si je cuydois pouvoir rien gaigner, je leur réscrirois
voluntiers. Mais je veux prier monsieur de La Coste de me faire
fère responce affin que j’en aye meilleur argument.
Monseigneur, je me recommande très humblement à votre bonne
grâce et prie le Créateur que vous done, en parfaicte santé,
très longue et heureuse vie. De Beaucaire, le XXIXe
jour de decembre 1572.
Votre très humble et très affectionné
serviteur….. Bellievre
Madame de Gordes et monsieur de La Roche
verront icy, s’il leur plaict, mes semblables
recommandations à leurs bonnes grâces.
Je vous ay amplement escrit par monsieur Monteau, qui
devoit laisser mon pacquet à monsieur de La Tivolière.
Je vous advertissois de la plaincte de madame la
comtesse de Grignan et de ce qui y avoit esté ordoné.
Nous n’avons encor point de responce de l’exécution.
Monsieur de Rousset y est, duquel vous devés en avoir des
nouvelles, et si je prieray ce porteur que s’il treuve encor
ledit sieur de Monteau en Avignon, qu’il preigne mon pacquet à vous.
Il y en a qui ont passé aujourd’huy le Rosne d’ici à Beaucaire
sur le glas. C’est merveille du froid qu’il faict icy et à
Montpellier.
J’entends que monsieur de Montpezat
est mort.
J’ay depuis receu responce du
roy dont j’envoye les copies à monsieur
de Saint-André.
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</p><p id="1" n="3 " type="texte">Monseigneur, il y a déjà troys ou quatre jours que je receu vos lettres du XVe, avec 
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</p><p id="1" n="5 " type="texte">Celles que monseigneur et madame de Savoye escrivent à monsieur le maréchal 
</p><p id="1" n="6 " type="texte">adjouxtent qu’il ne laisse d’estre bon mary, pour avoir esté avec monsieur le maréchal 
</p><p id="1" n="7 " type="texte">de Brissac et avec luy. Vous pouvés penser si cela est prins 
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</p><p id="1" n="15 " type="texte">que ceux que la conseillent, si est-ce que je ne souhaitte riens moins son bien que 
</p><p id="1" n="16 " type="texte">devant. Madame d’Usès est icy puis quatre ou cinq jours, qui n’a rien laissé à la 
</p><p id="1" n="17 " type="texte">cour de sa bone grâce. Elle fait ce qu’elle peut pour rentrer avec le roy en ses 
</p><p id="1" n="18 " type="texte">places, mais elle ne trouve pas partout le crédit qu’elle voudroit ; pour 
</p><p id="1" n="19 " type="texte">le moins ha-elle asseuré sa maison de Charmes. Il y a tantost huict jours 
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</p><p id="1" n="21 " type="texte">veu neiger pour XVIII ou XIX heures plus que icy, car ce n’a 
</p><p id="1" n="22 " type="texte">esté guères moins de deux pieds, dont il n’est rien fondu à cause 
</p><p id="1" n="23 " type="texte">des extrêmes bises qui ont depuis régné ; de sorte que j’ay veu 
</p><p id="1" n="24 " type="texte">ce matin le Rosne prins, et en quelques lieux le bestail y passe, qui est 
</p><p id="1" n="25 " type="texte">venu le plus mal à propos du monde, car le propre jour qu’il comença à 
</p><p id="1" n="26 " type="texte">neiger, monseigneur le maréchal avoit mis en campaigne XV ou XVI hommes qui 
</p><p id="1" n="27 " type="texte">ont esté contraincts séjourner à Couvisson, laquelle, ayant prinse d’armes 
</p><p id="1" n="28 " type="texte">et défait une compagnie qui estoit dedans, ils treuvent le surplus 
</p><p id="1" n="29 " type="texte">assiégé dans le château ; mais l’artillerie nous manque ; néantmoins, on ne 
</p><p id="1" n="30 " type="texte">laisse d’espérer qu’ils pourrayent estre contrainctz par nécessité, d’aultant 
</p><p id="1" n="31 " type="texte">qu’ils y sont entrés près de III ou IIIIc persones à l’improuveue. Le 
</p><p id="1" n="32 " type="texte">dessaing que nos trouppes estoyt de se jecter dans les Sevènes 
</p><p id="1" n="33 " type="texte">qui sont maintenant closes ou armées de ces neiges. Monsieur l’admiral 
</p><p id="1" n="34 " type="texte">en doit estre plus mal pour avoir déjà commencé son gros jeu, et au 
</p><p id="1" n="35 " type="texte">dégel il aura les boues qui seront aussi fascheuses en ces pays gras.
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</p><p id="1" n="38 " type="texte">ne seroit qu’il est bien difficile que l’assemblée eust esté si tost 
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</p><p id="1" n="41 " type="texte">estoyt quelque chose, ce seroit plus tost un project de ce que ceux 
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</p><p id="1" n="57 " type="texte">ans, que on ne tient jamais promesse en ces guerres civiles, et ha l’on 
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</p><p id="1" n="62 " type="texte">persévérer en ce que vous devés insister d’avoir des forces ; et si 
</p><p id="1" n="63 " type="texte">vous entendés qu’il s’en dresse à Genève, vous ne devés avec supposition 
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</p><p id="1" n="66 " type="texte">A ce que je voye, l’un fortifie l’autre ; et certes il en advient 
</p><p id="1" n="67 " type="texte">souvent icy, si je cuydois pouvoir rien gaigner, je leur réscrirois 
</p><p id="1" n="68 " type="texte">voluntiers. Mais je veux prier monsieur de La Coste de me faire 
</p><p id="1" n="69 " type="texte">fère responce affin que j’en aye meilleur argument. 
</p><p id="1" n="70 " type="texte">Monseigneur, je me recommande très humblement à votre bonne 
</p><p id="1" n="71 " type="texte">grâce et prie le Créateur que vous done, en parfaicte santé, 
</p><p id="1" n="72 " type="texte">très longue et heureuse vie. De Beaucaire, le XXIXe 
</p><p id="1" n="73 " type="texte">jour de decembre 1572. 
</p><p id="1" n="74 " type="texte">Votre très humble et très affectionné 
</p><p id="1" n="75 " type="texte">serviteur….. Bellievre
</p><p id="1" n="76 " type="texte">Madame de Gordes et monsieur de La Roche 
</p><p id="1" n="77 " type="texte">verront icy, s’il leur plaict, mes semblables 
</p><p id="1" n="78 " type="texte">recommandations à leurs bonnes grâces.
</p><p id="1" n="79 " type="texte">Je vous ay amplement escrit par monsieur Monteau, qui 
</p><p id="1" n="80 " type="texte">devoit laisser mon pacquet à monsieur de La Tivolière. 
</p><p id="1" n="81 " type="texte">Je vous advertissois de la plaincte de madame la 
</p><p id="1" n="82 " type="texte">comtesse de Grignan et de ce qui y avoit esté ordoné. 
</p><p id="1" n="83 " type="texte">Nous n’avons encor point de responce de l’exécution. 
</p><p id="1" n="84 " type="texte">Monsieur de Rousset y est, duquel vous devés en avoir des 
</p><p id="1" n="85 " type="texte">nouvelles, et si je prieray ce porteur que s’il treuve encor 
</p><p id="1" n="86 " type="texte">ledit sieur de Monteau en Avignon, qu’il preigne mon pacquet à vous. 
</p><p id="1" n="87 " type="texte">Il y en a qui ont passé aujourd’huy le Rosne d’ici à Beaucaire 
</p><p id="1" n="88 " type="texte">sur le glas. C’est merveille du froid qu’il faict icy et à 
</p><p id="1" n="89 " type="texte">Montpellier. 
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